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Terrorisme : les réseaux sociaux sont-ils impuissants ? ©AFP - JAKUB PORZYCKI / NURPHOTO
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Résumé

France 5 diffuse, ce week-end, un nouvel épisode de "La Fabrique du Mensonge", consacré à la radicalisation terroriste en ligne.

avec :

Felix Suffert-Lopez (Journaliste).

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"16 octobre 2020, un islamiste assassine Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie à Conflans-Sainte-Honorine. De la publication d'une vidéo d'un parent d'élève à celle de la  revendication du terroriste, TOUTES les plateformes ont été le théâtre macabre de la convergence du virtuel vers le réel… Près de 600 jours avant. Et à 20 000 km de là. Christchurch, Nouvelle-Zélande : Brenton Tarrant assassine 51 personnes dans deux mosquées. Il diffuse les massacres en direct sur Facebook, un live (puisque c’est le mot) qui durera 17 minutes avant d’être interrompu. L’algorithme avait pris les images de la tuerie pour celle d’un jeu video. La modération sur les réseaux sociaux, est tout simplement nulle. Tout le monde s’accorde au moins là-dessus. Les géants du web laissent faire. Ils sèchent leurs larmes de crocodile à chaque tuerie, puis recommencent comme avant. Jusqu’à quand ? " Nadia Daam

Extraits de l'entretien avec Felix Suffert-Lopez

Nadia Daam reçoit Felix Suffert-Lopez  producteur du documentaire : "Terroristes en réseau" dans la collection La fabrique du mensonge qui décrypte la naissance et la fabrique des fake news.  Diffusion sur France 5 le 30 mai 2021 à 20h50.

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La modération sur les réseaux sociaux, est tout simplement nulle.

Nadia Daam : On a tristement le choix quand on veut parler des attentats, quels sont les liens entre celui de Christchurch (Nouvelle-Zélande) et celui de l’assassinat de Samuel Paty (Conflans-Sainte-Honorine), dont vous avez choisi de parler ?

Felix Suffert-Lopez : « Le lien entre les deux, ce sont les échecs de la modération. D’un côté on a quelqu’un qui se radicalise en ligne (Abdoullakh Anzorov) et cherche ouvertement une cible sur Twitter, de l’autre côté (Christchurch) c’est aussi un échec de la modération qui mène à des conséquences dramatiques. »

Nadia Daam : L’assassinat de Samuel Paty trouve sa source dans une diffamation pure, tout a commencé par la diffusion d’un mensonge par une adolescente, pouvez-vous nous rappeler ce qui s’est passé ?

Felix Suffert-Lopez : "Au départ c’est une  fille qui sèche les cours, se fait exclure et  invente un bobard, comme les enfants le font face à leurs parents. Le problème c’est qu’elle s’appuie sur la diffusion dans le cours de Samuel Paty de caricatures ce qui va déclencher une machine infernale. Le père, mal informé, réagit en pensant que les élèves musulmans de son cours ont été sortis de la classe… il s’insurge sur les réseaux sociaux et tout un tas de gens viennent s’agréger sur ces réseaux. La proviseure l’interpelle, mais ce père de famille diffuse le nom de Samuel Paty sur la toile."

Nadia Daam : Le père de cette ado diffuse un premier message très virulent et très détaillé sur Facebook. « Vous avez l’adresse et le nom du professeur pour dire STPOP ! » Ce qu’il faut retenir c’est que le fait de donner un nom publiquement est sans retour en arrière possible.

Felix Suffert-Lopez : En effet, lorsqu’un message devient viral il est impossible de le rattraper. 

Nadia Daam : Facebook aurait-il pu intervenir pour retirer le message ou masquer l’adresse et le nom ? Quand on sait qu’un islamiste identifié comme fichier S (Abdelhakim Sefrioui) s’agrège à cette histoire et filme l’entrée du collège… Le règles de Facebook ont-elles été enfreintes ?

Felix Suffert-Lopez : "Comme dans toutes les tragédies, c’est une multiplication de loupés qui ont conduit à cet échec collectif. Tout d’abord Anzorov, signalé sur les Réseaux Sociaux et Twitter parce qu’il postait des messages antisémites, est passé entre les mailles du filet. Ensuite il y a des parents qui ont tenté d’intervenir face aux déchainements sur Facebook mais ça n'a pas suffit. 

Le cœur du propos c’est la modération or il y a deux manières de procéder, soit c’est une personne humaine, soit c’est un algorithme. "

Les algorithmes ne sont pas fiables, quand aux modérateurs, il faut qu’ils comprennent le contexte, or la plupart du temps, ces personnes sont externalisées à l'étranger et ne comprennent pas ce qui est en train de se jouer. 

Nadia Daam : Hormis l’échec de la modération en ligne, le documentaire pointe d’autres responsabilités. Le renseignement territorial, avisé de ce qui se passait avait produit une note concluant à un apaisement à la sortie du collège. Ils sont passés à côté de ce qui se passait sur les réseaux.

Felix Suffert-Lopez : "On commence seulement à prendre conscience que ce qui se joue sur internet mène à des actions concrètes."

Nadia Daam : 

Il n’y  a pas d’étanchéité entre ce qui se passe sur internet et dans la vraie vie.

Felix Suffert-Lopez : "Non, plus. Il n’y a désormais des passages à l’acte."

Pourquoi une fake news fonctionne ? C’est parce qu’elle  vient confirmer une conviction. Il en va de notre responsabilité collective dans la manière de partager des infos. 

Le but des réseaux sociaux est que l’on reste le plus longtemps possible en ligne. Plus un fait provoque de réactions, meilleur c’est. Il y a des gens derrière qui ont bien compris tout ça.

Nadia Daam : En ce qui concerne le drame de Christchurch (Brenton Tarrent avait fait 51 victimes  en s’attaquant à deux mosquées en Nouvelle zélande), c’est sur Internet que le criminel  s’est éduqué aux théories suprématistes. Quelle a été la trajectoire de ce terroriste ?

Felix Suffert-Lopez : "Tous les groupuscules qui n’avaient pas accès hier aux médias traditionnels se sont extrêmement bien structurés sur le net. Brenton Tarrent est dans cette théorie du G_rand remplacement_ annonçant une invasion migratoire qui va remplacer les Blancs."

Nadia Daam : Il s’agit d’une théorie complotiste qui voudrait que la population blanche soit mise en minorité par la population non blanche. Il s’agit en réalité d’une thèse assez ancienne qui a fini par dépasser nos frontières. C’est une mondialisation de la pensée xénophobe… Brenton Tarrent allait jusqu’à s’installer sur un parking de supermarché français pour compter les Noirs et les Blancs…

La suite à écouter...