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L'énarque est un humain (presque) comme les autres - Infrarouge - Electron Libre Production
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Résumé

Virginie Linhart a passé un an et demi avec les élèves de l'ENA. « L'énarque est un humain (presque) comme les autres » sera diffusé le lundi 24 mai à 23h15 dans « Infrarouge » sur France 2.

avec :

Virginie Linhart (Ecrivain, documentariste).

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"Un documentaire en immersion à l’ENA, il y en a eu d’autres. Mais voici que sans le savoir, Virginie Linhart allait réaliser le dernier. En plein tournage, les gilets jaunes. En plein tournage, le président de la république, énarque lui-même, exige une haute fonction publique qui ressemblerait plus à la société. Après le tournage, l’annonce. L’Ecole Nationale d’Administration, fondée en 1945, ne sera plus. Pendant 18 mois, Virginie Linhart a suivi une poignée d’élèves, minots ou déjà fonctionnaires, popu, bourgeois, garçons, filles. Les profils varient, les questions sont les mêmes. Peut-on servir l’Etat et ressembler à tous les Français ? Doit-on ressembler à tous les Français pour servir l’Etat ? Ou justement pas. Y a-t-il quelque chose d’à part dans cette vocation, quelque chose qui éloigne des autres ou qui, au contraire, rapproche ?  " Sonia Devillers

Extraits de l’entretien :

Sonia Devillers : Dans votre documentaire, vous évoquez la question de la maîtrise des codes comme une condition d’accès à l’ENA, on en est au même point que dans les années 60 ?

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Virginie Linhart : " Non je ne crois pas. C’est vrai  il y a des pérennités : un côté très figé et hors-sol que l’on sent bien, mais les élèves, eux ont énormément changés. D’abord il y a des femmes à l’ENA aujourd’hui, il n’y en avait quasiment pas à l’époque."

SD : La façon de constituer une promo, ça m’a fait penser au Vatican… Pour déterminer le nom de la promotion on s’enferme pendant trois jours lors d’un conclave…

VL : "Oui mais c’est aussi une manière de constituer des liens sociaux… lors de ce fameux week-end d’intégration, filmé pour la première fois ici, ils font du sport, marchent, dansent et décident du nom de la promotion."

SD : Au moment des délibérations pour le choix du nom la caméra n’a pas eu le droit d’accès…

Virginie Linhart : « Oui, j’aurais adoré filmer ce moment, car se sont de véritables concours d’éloquence, une nuit entière, pour arriver à déterminer le nom de la promotion. »

SD : C’était donc la promotion « Anna Arendt » que vous avez filmée. Virginie Linhart, vous qui avez commencé par filmer les mouvements ouvriers, 68 et son héritage… vous voici à filmer Brigitte Macron et l’élite.

Virginie Linhart : « Moi ce que j’adore dans mon métier, c’est d’être amenée à creuser tous les sujets, y compris lorsqu’ils sont loin de moi. 

En ce qui concerne Brigitte Macron,  j'ai  fait le portrait d’une femme courageuse enfermée par le pouvoir politique. Autant elle était intéressante et courageuse lors de la campagne, autant elle a été réduite, une fois devenue compagne du chef de l’Etat, à un rôle de porte-manteau. 

Cela dit énormément sur le fonctionnement du pouvoir. J’ai été élevée par des parents extrêmement militants et je trouve que tout est politique. Filmer l’ENA ne me paraissait pas un geste conservateur mais plutôt iconoclaste.

J’ai cherché à comprendre, pourquoi cette école était autant haïe. Je me souviens d’un élève de l’ENA qui  au terme d’un fort week-end de manifestations des Gilets jaunes m’a dit : "j’ai l’impression que s’ils nous voyaient ils pourrait mettre nos têtes sur des piques… "

Je voulais comprendre si ces énarques étaient à ce point déconnectés ou pas des réalités, je voulais voir où et comment se passe le formatage… »

SD : Un des participants (Yannis, jeune préfet) raconte son étonnement de découvrir que le football est moins populaire que l’opéra à l’ENA… une jeune élève (Justine) raconte qu’elle n’attend pas de cette école qu’on lui apprenne à dire bonjour à sa boulangère car elle est comme les autres…  Etre comme les autres, c’est l’obsession de ce film…

Virginie Linhart : "Ce qui m’a frappée au cours de ces 18 mois de tournage, ça a été la dissension entre l’équipe professorale et dirigeante obsédée par ce discours et le côté extrêmement protocolaire et millimétré."

SD : Tout est extrêmement protocolaire…

Virginie Linhart : "Oui tout est tellement millimétré que certains y perdent leur identité…  alors que dans l’ENA, les élèves, s’ils sont tous brillants, ne sont pas tous fils et filles de préfets ou de ministres.  En général, ce sont les enfants de professions intellectuelles, mais ils ne sont pas tous riches."

SD : Une des vertus de ce film c’est aussi de montrer ces étudiants en stage sur le territoire, les mains dans le cambouis…

Virginie Linhart : "Oui et les bottes dans la glaise ! Car ils rencontrent beaucoup d’agriculteurs. "

Depuis 1945 on a 6500 énarques sortis et 200 seulement qui ont fait de la politique. Or si l’ENA est détestée c’est en raison de ces 200 hommes et femmes politiques. Dans les faits la plupart des énarques ont un sens de l’Etat et des Services publics très impressionnant. 

SD : Le concours d’entrée est très sélectif, ils ont évalués tout le long de leur formation et il y a un concours à la sortie. Ce concours donne lieu à un classement qui va déterminer leur avenir.

Virginie Linhart : « Ce qui m’a sidérée c’est que ces élèves que j’ai suivis (ils ont 80) arrivent dans l’école au terme d’un effort immense (deux mois d’épreuves) et ils passent deux années dans la hantise de ce concours de sortie. 

Ensuite, les dernières places du classement, les places dont personne ne veut, aboutissent à des nominations  au Ministère de la Transition écologique,  au Ministère de la Santé ou de l’Education Nationale… On marche sur la tête car ce sont des lieux cruciaux en réalité ! A ce titre,  la réforme du président Macron est intéressante."

SD : Ils arrivent plein d’enthousiasme et ils sortent de l’école plein d’aigreur…

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👀 VOIR : « L'énarque est un humain (presque) comme les autres » sera diffusé le lundi 24 mai à 23h15 dans « Infrarouge » sur France 2. 

🎧 ECOUTER :  Virginie Linhart, invitée de l'Instant M  : Le sourire de Brigitte Macron (2018)

📖 LIRE : Sonia Devillers recommande chaudement le livre de sa consœur Eva Bettan, Le goût de nos mères paru aux éditions Stock.

  • Pour gagner ce livre il fallait  reconnaitre le premier ministre Edouard Philippe, interviewé en 1996.
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