Syndrome du bébé secoué : la contre-enquête

Près de 400 cas de syndrome du bébé secoué sont signalés à la justice chaque année.
Près de 400 cas de syndrome du bébé secoué sont signalés à la justice chaque année. ©Getty - Cavan Images
Près de 400 cas de syndrome du bébé secoué sont signalés à la justice chaque année. ©Getty - Cavan Images
Près de 400 cas de syndrome du bébé secoué sont signalés à la justice chaque année. ©Getty - Cavan Images
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Près de 400 cas de syndrome du bébé secoué sont signalés à la justice chaque année. De nombreux parents ou nounous sont condamnés sur la base d’expertises médicales. Pour la journaliste Sophie Tardy-Joubert, dans certains cas, d’autres explications devraient être privilégiées.

Le syndrome du bébé secoué (SBS), documenté aux États-Unis dans les années 1970, est une maltraitance caractérisée par un ensemble de signes cliniques, qu’on appelle parfois “triade” : un saignement dans le cerveau et/ou du sang au fond des yeux et des lésions cérébrales. Dans la plupart des cas, ces signes indiquent que l’enfant a été victime de violence physique : un choc, ou un acte de secouement violent. Cette maltraitance survient en général sur des nourrissons de quelques mois. Elle a souvent des conséquences graves et irréversibles, et peut entraîner la mort de l’enfant.

La journaliste Sophie Tardy-Joubert a rencontré Alexandre Chacòn. “Il a eu un fils qui s'est trouvé mal. Donc, il l'a amené à l'hôpital, mais son état de santé s’est dégradé et le nourrisson est décédé. Les médecins ont alors posé le diagnostic de syndrome du bébé secoué.” Puisqu’il était la dernière personne à avoir passé du temps seul avec l’enfant, le père est placé en garde à vue avant d’être mis en examen. La procédure va durer huit ans.

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Pendant toutes ces années, Alexandre Chacòn, qui clame son innocence, demande l'expertise de spécialistes, notamment de la neuro-pathologiste pédiatrique Waney Squier, qui a remis en question la fiabilité des éléments de diagnostic de certains SBS au Royaume-Uni. Il fait aussi examiner le dossier médical de son fils par l’ex-chef de l’unité neuro-vasculaire du CHU de Strasbourg Christian Marescaux, le neuropédiatre Bernard Échenne et le spécialiste des pathologies vasculaires du nourrisson le docteur Guillaume Sébire. Ils découvrent dans le dossier une annotation en bas de page d'une analyse sanguine qui avait complètement été occultée. “Il y avait un marqueur infectieux très fort, explique Sophie Tardy-Joubert. Le premier hôpital qui a pris en charge le bébé l’avait d’ailleurs mis sous antibiotiques en suspectant une méningite. Cette méningite aurait dégénéré et aurait causé une thrombose dans les sinus.”

Les trois spécialistes tombent d’accord sur cette hypothèse. "L'imagerie cérébrale montre des saignements dans le cerveau qui sont considérés par un certain nombre de médecins comme caractéristiques du syndrome du bébé secoué, précise Sophie Tardy-Joubert. Mais d'après les médecins auxquels je donne la parole dans cette enquête, ces saignements peuvent aussi être associés à d'autres pathologies. Et elle conclut : Évidemment, il faut traquer les parents violents. Mais cela ne légitime pas qu'on condamne des gens sans preuves et qu'on jette potentiellement des innocents en prison." Après avoir été acquitté, Alexandre Chacòn a été condamné en appel à cinq ans de prison avec sursis.

Aller plus loin :

Lire l'enquête intégrale de Sophie Tardy-Joubert dans le numéro de printemps 2022 de la  Revue XXI.

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