la joueuse française Caroline Drouin en demi-finale de la Coupe du monde de rugby contre la Nouvelle-Zélande à Auckland le 5 novembre 2022.
la joueuse française Caroline Drouin en demi-finale de la Coupe du monde de rugby contre la Nouvelle-Zélande à Auckland le 5 novembre 2022. ©AFP - Marty MELVILLE
la joueuse française Caroline Drouin en demi-finale de la Coupe du monde de rugby contre la Nouvelle-Zélande à Auckland le 5 novembre 2022. ©AFP - Marty MELVILLE
la joueuse française Caroline Drouin en demi-finale de la Coupe du monde de rugby contre la Nouvelle-Zélande à Auckland le 5 novembre 2022. ©AFP - Marty MELVILLE
Publicité

Jugé “inadapté” pour les femmes, le rugby féminin est interdit en 1972, il sera joué en clandestinité avant d’être autorisé à nouveau dans les années 80. La journaliste Isabelle Collombat a enquêté sur l’histoire méconnue de ce combat des femmes pour pratiquer ce sport.

Si on compte aujourd’hui 26 000 joueuses de rugby en France, les femmes n’ont pourtant pas eu le droit de pratiquer ce sport avant les années 1920. C’est à cette époque que la docteure en médecine Marie Houdré adapte les règles du rugby pour les femmes. Immédiatement, une campagne de presse juge ce sport “inadapté à la morphologie des femmes qui étaient censées devenir des bonnes mères. Il fallait qu'elles soient quand même un peu sportives, mais pas trop", explique la journaliste Isabelle Collombat, autrice d’une enquête dessinée intitulée Les Combattantes (Actes Sud).

La société de l’époque considère que ce sport ne correspond pas à l’image de la femme. “Marie Houdré savait bien qu’elle aurait des opposants à ce sport. Il y a même eu des femmes comme Suzanne Lenglen, la championne de tennis, qui disait que ce n’était pas esthétique, pas beau pour les femmes.” Il faut attendre les années 1960 pour que le rugby féminin émerge, lorsque des étudiantes lyonnaises veulent organiser un évènement d’ampleur. Elles proposent alors à des joueuses de Bourg-en-Bresse de disputer un match, et l’évènement sera un succès. “Sauf que ce que n'avaient pas prévu les hommes qui jouent au rugby et qui les ont aidés à ce moment-là, c'est que les femmes vont aimer jouer au rugby, poursuit la journaliste. Le secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports, Marceau Crespin, écrit alors une lettre au préfet qui sera envoyée dans toute la France pour faire en sorte que toutes les infrastructures ne soient pas mises à disposition des femmes. C’est une interdiction qui ne dit pas son nom.”

Publicité

À partir de là, le rugby féminin se développe comme une activité clandestine. Les joueuses jouent dans des champs, et se lavent dans les rivières faute de vestiaires. "Dans de nombreux endroits, notamment autour de Bourg-en-Bresse, qui est le berceau du rugby féminin où le premier club féminin de rugby au monde est fondé - Les violettes bressanes -, les femmes vont s’organiser et même réaliser un championnat malgré l’interdiction.”

La fédération française de rugby mettra beaucoup de temps à accepter les femmes : “Même en 2014, quand la France doit organiser la Coupe du monde de rugby, la fédération n’est pas très enthousiaste, souligne Isabelle Collombat. Le succès qui s’en suivra va vraiment étonner les responsables de la fédération.”

L’invité :

Isabelle Collombat, journaliste et autrice de "Les Combattantes" paru aux éditions Actes Sud.
Isabelle Collombat, journaliste et autrice de "Les Combattantes" paru aux éditions Actes Sud.
© Radio France - Mélissa Foust

L'équipe

Jacques Monin
Jacques Monin
Jacques Monin
Production