Un travailleur handicapé travaille sur la chaîne d'emballage de produits chimiques, en novembre 2009 dans une entreprise à Wittelsheim.
Un travailleur handicapé travaille sur la chaîne d'emballage de produits chimiques, en novembre 2009 dans une entreprise à Wittelsheim. ©AFP - Sebastien BOZON
Un travailleur handicapé travaille sur la chaîne d'emballage de produits chimiques, en novembre 2009 dans une entreprise à Wittelsheim. ©AFP - Sebastien BOZON
Un travailleur handicapé travaille sur la chaîne d'emballage de produits chimiques, en novembre 2009 dans une entreprise à Wittelsheim. ©AFP - Sebastien BOZON
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Le journaliste Thibault Petit a enquêté pendant 6 ans sur ces établissements qui font travailler des personnes en situation de handicap, s’éloignant de plus en plus de leur mission médico-sociale en vantant le rendement hors norme de cette main d’œuvre à bas prix.

Les Établissement et service d'aide par le travail (ESAT), anciennement Centres d’aide par le travail, sont des structures spécialisées qui emploient uniquement des personnes en situation de handicap. Les ESAT sont souvent implantés en périphérie des villes, dans des zones industrielles. Résultat : les travailleurs doivent se lever aux aurores et prendre un, voire deux bus pour s’y rendre. Les travailleurs handicapés des ESAT ont un statut particulier censé les protéger, mais cela a en fait tout l’effet inverse. Elles sont considérées comme des “usagers”, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas considérées comme des employés - bien qu’elles travaillent 35 heures par semaine - mais comme des “bénéficiaires”. À ce titre, elles sont payées en général la moitié du SMIC (salaire qui est complété par l'allocation aux adultes handicapés), ne peuvent pas saisir les prud’hommes, cotisent moins que des travailleurs ordinaires pour leur retraite et ne dépendent pas du code du travail, raconte le journaliste Thibault Petit, auteur du livre Handicap à vendre (Les Arènes).

“Aujourd'hui les ESAT, ressemblent clairement à des entreprises, explique-t-il. Certains directeurs l’assument et disent qu’ils ne sont plus des établissements médico-sociaux mais des entreprises...sociales.” Certains de ces établissements passent des contrats avec des sociétés, parfois même des multinationales, qui leur demandent de très forts rendements, avec un impact sur le quotidien de ces travailleurs, à qui on met la pression pour produire de manière intensive. Les tâches dans certains ESAT sont parfois harassantes : travail à la chaîne, conditionnement et emballage de produits, livraison de matériel lourd, comme des disjoncteurs électriques par exemple. Certains de ces travailleurs handicapés, les plus autonomes, remplaceraient même leur encadrant lorsque celui-ci s’absente. Les entreprises ont plusieurs intérêts dans le recours aux ESAT : d’une part “acheter handicapé ça fait bien”, ironise Thibault Petit, et d’autre part cela permet aux entreprises d’être exonérées de la contribution Agefiph. Le journaliste tire la sonnette d’alarme pour ces 120 000 travailleurs handicapés et leurs familles, victimes de ces pratiques.

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Aller plus loin :

Couverture du livre "Handicap à vendre", de Thibault Petit, éditions Les Arènes.
Couverture du livre "Handicap à vendre", de Thibault Petit, éditions Les Arènes.

L’invité 

  • Thibault Petit, journaliste  

L'équipe

Jacques Monin
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Production
Mélissa Foust
Collaboration
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