Le capitaine Ibrahim Traoré a perpétré un coup d'État ce week-end au Burkina Faso
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Le capitaine Ibrahim Traoré a perpétré un coup d'État ce week-end au Burkina Faso ©AFP
Le capitaine Ibrahim Traoré a perpétré un coup d'État ce week-end au Burkina Faso ©AFP
Le capitaine Ibrahim Traoré a perpétré un coup d'État ce week-end au Burkina Faso ©AFP
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Burkina Faso : Démission du colonel Damiba : Vincent Hugeux, journaliste, essayiste, enseignant à SciencesPo. Auteur de "Tyrans d’Afrique, les mystères du despotisme postcolonial" (Perrin 2021) est l'invité de 6h20.

Ce week-end, il y a eu un putsch au Burkina Faso contre d'anciens putschistes, un militaire a renversé un ancien militaire. En parallèle, de vives manifestations ont eu lieu contre la France, demandant une aide de la Russie. "C'est paradoxal, parce que c'est au moment où l'armée russe collectionne les cinglants revers sur le front ukrainien qu'on l'implore de voler au secours du Burkina Faso. Les milices Wagner, qui sont la tête de pont de l'influence russe en Afrique, ont été plus performantes pour le moment dans la prédation et les exactions que dans la lutte contre les djihadistes", note Vincent Hugeux, journaliste, essayiste et enseignant à SciencesPo.

Mais selon lui, la France "n'a jamais vraiment soldé ses arriérés coloniaux, et dans des populations prises d'une intense frustration par rapport à une insécurité qui ne recule pas, on ne comprend pas que la cinquième ou sixième armée du monde ait été incapable d'anéantir ce qui passait pour des va-nu-pieds de djihadistes – ce qu'ils n'étaient pas", explique le spécialiste. Sur cette question de fond, celle de la Françafrique, vient se superposer une idée supplémentaire, celle que "si les djihadistes sont toujours là, c'est forcément que la France les aide".

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"Les milices Wagner se sont engouffrées dans un vide"

La colère anti-Français n'était pas palpable lorsque Vincent Hugeux s'est rendu au Burkina Faso il y a trois ans, dit-il. "J'ai senti le phénomène monter d'abord en République centrafricaine d'abord quand la milice Wagner, pilotée par le Kremlin, s'est engouffrée dans le vide laissé par le retrait d'une opération française, un peu chaotique. Ensuite, c'est le Mali qui a été l'amplificateur", ajoute-t-il. Mais la présence militaire, quelle qu'elle soit, "est vite perçue comme une occupation" dès lors qu'elle s'installe dans la durée. "Indépendamment de tout discours rationnel, c'est un sorte de punching-ball utilisé à la fois par des opérateurs locaux et par des acteurs extérieurs, à commencer par la Russie", selon lui.

La France peut-elle avoir aidé le président renversé à se cacher ? "Ce serait une ineptie de collection, il n'y aurait pas de meilleur façon d'agiter le chiffon rouge sous des foules hostiles, je ne crois pas du tout à cette hypothèse", explique Vincent Hugeux. Et de la part de la Russie, "ce n'est pas qu'un réflexe d'opportunisme", dit-il, racontant l'installation de la milice Wagner en République centrafricaine, qui ne s'est pas limité à installer des infrastructures armées, mais en plus "on finance le concours de miss Bangui, on va voir des journalistes en leur proposant des tarifs : tout cela est parfaitement organisé, orchestré". Il conclut : "Si Wagner était efficace dans la lutte contre le djihadisme, pourquoi pas, mais jusqu'à présent on ne peut pas dire que leurs performances opérationnelles soient convaincantes".