"Il y a de moins en moins de soignants dans les hôpitaux psychiatriques", selon Mathieu Bellahsen
vidéo
"Il y a de moins en moins de soignants dans les hôpitaux psychiatriques", selon Mathieu Bellahsen ©Radio France - Loic VENANCE
"Il y a de moins en moins de soignants dans les hôpitaux psychiatriques", selon Mathieu Bellahsen ©Radio France - Loic VENANCE
"Il y a de moins en moins de soignants dans les hôpitaux psychiatriques", selon Mathieu Bellahsen ©Radio France - Loic VENANCE
Publicité

Abus en psychiatrie, le cri d'alarme des médecins : Mathieu Bellahsen psychiatre, ancien chef de pôle à l'unité d'Asnières de l’hôpital Roger-Prévot-de-Moisselles, co-auteur de "La révolte de la psychiatrie, les ripostes à la catastrophe gestionnaire" (édition La Découverte) est notre invité de 6h20

Les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie se tiennent aujourd'hui et demain et le gouvernement doit officialiser ce matin la création d'un numéro national de prévention des suicides. Le Ministre de la Santé, Olivier Véran en personne ouvrira l'évènement qui est annoncé comme "historique", et sera ensuite clôt par l'intervention d'Emmanuel Macron. Une façon pour l'exécutif de montrer son implication, mais pour le psychiatre Mathieu Bellahsen "dire que c'est un moment historique alors que ça n'a pas été programmé avec les acteurs de terrain, c'est plutôt de la communication qui évite les débats de fond. On peut mettre en place tous les numéros de téléphone qu'on veut, s'il n'y a pas des gens pour être là auprès des personnes les plus en difficulté, ça ne marchera pas."

Une question d'économie

Selon lui, dès le départ, les Assises ont un problème car elles associent santé mentale et psychiatrie : "La santé mentale, au départ, c'était prendre soin des gens. Et puis, au fur et à mesure des années, notamment en 2005, un rapport de l'Union européenne dit qu'avoir une population en bonne santé mentale, ça permettra de remplir les objectifs stratégiques de l'Union européenne. Donc, la santé mentale n'est plus du tout une question de soins__, mais c'est une question d'économie. On va raisonner plutôt sur des coûts pour la société plutôt que sur des soins à des personnes malades."

Publicité

Rentabilité à l'hôpital psychiatrique

De nombreux débats seront ignorés ou laissés de côté d'après Mathieu Bellahsen, notamment celui autour de la réforme du financement de la psychiatrie : "On va imposer les critères de rentabilité à l'hôpital psychiatrique. On va traiter des flux de patients. Par exemple, ce qui va être important, c'est le nombre de patients que vous voyez une fois dans l'année. Il vaudra mieux voir mille patients une fois, que de voir un patient mille fois. Donc, on va faire de la quantité à outrance et plus de la qualité. Tous les soins qui prennent du temps. Par exemple, quand vous prenez en charge des personnes autistes qui sont très, très handicapées, il y a des fois vous les garder pendant dix ans dans un hôpital de jour ou dans une institution, parce qu'il faut absolument faire des soins complexes. Et ça, ça ne sera plus possible."

Des métiers délaissés

Un autre débat qui devrait avoir lieu aux yeux de Mathieu Bellahsen et de nombreux personnels soignants concerne la question de la contention et de l'isolement des patients. Ces pratiques, qui consistent à "attacher les gens à des lits et de les enfermer dans des chambres" sont de plus en plus répandues au point de devenir "une norme".

"La contention, attacher quelqu'un, ça traumatise les patients. Non seulement ça ne sert à rien, mais ça va contre les soins."

Le développement de cette pratique est lié bien souvent au manque de temps et de personnel, donc d'attractivité du métier. Mathieu Bellahsen confirme : "Il y a de moins en moins de soignants dans les hôpitaux. Les internes ne choisissent plus psychiatrie, c'est la spécialité qui est la moins prise cette année. Les infirmiers, les aides-soignants, et les médecins désertent la psychiatrie publique."