Martin Duplantier : en Ukraine, "il y a une volonté de déraciner les populations par rapport à leurs villes"

Martin Duplantier, architecte, dans le studio du 5/7 de France Inter le 4 janvier 2023
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Martin Duplantier, architecte, dans le studio du 5/7 de France Inter le 4 janvier 2023 ©Radio France
Martin Duplantier, architecte, dans le studio du 5/7 de France Inter le 4 janvier 2023 ©Radio France
Martin Duplantier, architecte, dans le studio du 5/7 de France Inter le 4 janvier 2023 ©Radio France
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Penser la reconstruction de l'Ukraine : Martin Duplantier architecte et urbaniste, président de l'association AMO (Architecture et Maîtres d'ouvrage) est l'invité de 6h20.

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  • Martin Duplantier Architecte

Avec une équipe d'architectes français et ukrainiens, Martin Duplantier se rend régulièrement en Ukraine pour évaluer les dégâts et les possibilités de reconstruction. Il y réalise "un état des lieux des destructions et des éléments identitaires de la culture ukrainienne", explique-t-il. "C'est ce qui nous a frappés : on parlait beaucoup des victimes corporelles, et à juste titre, depuis le début de la guerre, mais en toile de fond il y a l'architecture des villes ukrainiennes, de ses centres historiques. Quand on a commencé à analyser la stratégie de bombardement russe, on s'est rendus compte que ce n'était pas si hasardeux que ça, qu'il y avait une volonté de déraciner les populations par rapport à leurs villes, à leur mémoire."

"À Izioum, 99,9 % du parc immobilier est démoli, déconstruit, endommagé"

"Sur place, on a un certain nombre de personnes qui travaillent avec nous, basées plutôt à l'ouest de l'Ukraine, loin de la ligne de front", raconte Martin Duplantier. "On va visiter les lieux, voir dans quel état on peut imaginer reconstruire. Izioum, par exemple [une ville de l'Est reprise aux forces russes en septembre dernier, NDLR], c'est 99,9 % du parc immobilier qui est démoli, déconstruit, ou endommagé. Or 40 % de la population initiale y vit encore ! On se demande comment ça fonctionne, comment les réseaux peuvent être réparés, comment dans l'urgence on arrive à faire en sorte que les logements puissent être habitables."

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Pour lui, "il ne faut pas opposer les temporalités" dans la reconstruction : "L'urgence, c'est les générateurs, le chauffage, l'eau, l'électricité ; et le long terme vient en complément. Il ne faut pas que ça s'oppose, que l'Ukraine devienne un dépotoir d'algecos ! Au contraire, le but c'est de penser la reconstruction comme un levier de développement dans le pays."