Thierry Coville, dans le studio de France Inter
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Thierry Coville, dans le studio de France Inter ©Radio France
Thierry Coville, dans le studio de France Inter ©Radio France
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Journée spéciale Iran, une journée pour comprendre : Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran, auteur de L'Iran, une puissance en mouvement (Eyrolles 2022) est l'invité de 6h20

Les manifestations sont quotidiennes en Iran depuis la mort de Mahsa Amini, 22 ans, arrêtée parce que son voile ne couvrait pas entièrement ses cheveux. "On savait qu'il y avait des problèmes en Iran, qu'il y avait des contradictions : la modernisation des mentalités et de la société civile est en contradiction avec un système politique, qui ne bouge pas, et ce depuis 10 à 20 ans", selon Thierry Coville, chercheur à l'IRIS et spécialiste de l'Iran.

"Un soutien tacite de l'ensemble de la population"

À cela s'ajoute une forte crise économique depuis 2018 : "Quand vous avez 40% d'inflation pendant trois ans, 8 millions d'Iraniens sont tombés de la classe moyenne vers la pauvreté", ajoute le chercheur. Les manifestations, selon lui, sont différentes de celles de 2009, avec un vrai rejet de la république islamique et une répression plus forte : "Ca a touché les petites villes, les grandes villes, on voit que c'est un mouvement général dans le pays, avec un soutien de célébrités de la culture, du sport", explique-t-il.

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Le mouvement touche-t-il toutes les couches sociales ? "Pour l'instant, on n'a pas les manifestations de masse qu'on a connues en 2009. Pour l'heure, la classe moyenne, de cinquante ans, qui a des choses à perdre, ne manifeste pas encore. Mais on voit qu'ils soutiennent, on voit une sorte de soutien tacite de l'ensemble de la population", selon Thierry Coville. En revanche, les forces armées restent dans les mains du pouvoir, sans dissension. "Les dissensions, on les voit plus dans la presse conservatrice modérée", nuance-t-il.

Une génération des "20 ans" très courageuse

En face, il n'y a que la répression : "Quand on analyse le discours d'Ali Khamenei, ce serait des manifestations téléguidées par Israël et les États-Unis, c'est totalement à côté de la plaque", analyse Thierry Coville. "Il semblerait que Khamenei soit sur une logique que s'il bouge un petit peu, s'il modère un peu sa position, ça peut être le début de la fin, il est obsédé par cela", selon lui, et par la peur de décevoir la frange de la population qui le soutient.

Même si selon lui, on ne peut pas encore parler de révolution, "c'est la première fois que des femmes brûlent leur tchador : il y a une nouvelle génération, celle des 20 ans, qui sont beaucoup plus radicaux dans leurs demandes et sont très courageux".