Le groupe ukrainien Kalush Orchestra sur la scène de l'Eurovision
Le groupe ukrainien Kalush Orchestra sur la scène de l'Eurovision
Le groupe ukrainien Kalush Orchestra sur la scène de l'Eurovision ©AFP - Marco BERTORELLO
Le groupe ukrainien Kalush Orchestra sur la scène de l'Eurovision ©AFP - Marco BERTORELLO
Le groupe ukrainien Kalush Orchestra sur la scène de l'Eurovision ©AFP - Marco BERTORELLO
Publicité
Résumé

Géopolitique de l'Eurovision : Cyrille Bret, enseignant de géopolitique, à Sciences Po Paris est l'invité de 6h20, à la veille de la finale du concours dont l'Ukraine est grande favorite.

En savoir plus

"Je retrouverai mon chemin vers la maison, même si toutes les routes sont détruites" : voilà ce que l'on entend dans la chanson "Stefania" de Kalush Orchestra, le groupe ukrainien donné grand favori de l'Eurovision. "En apparence, c'est une scène sur laquelle les chanteurs s'affrontent pour gagner la palme dans un contexte un peu kitsch, ou un peu attrayant. Mais en réalité, c'est un champ d'affrontement des puissances, et ce depuis sa création en 1956", explique Cyrille Bret, enseignant en géopolitique à Sciences Po, qui rappellent que les artistes concourent au nom du groupe de radio-télévision publique qui adhère à l'UER, l'Union européenne de radiodiffusion.

À lire aussi : L’Ukraine confirme sa participation à l’Eurovision (et fait déjà partie des favoris)

"Nation Branding"

Et depuis 2004 et la révolution orange, le conflit russo-ukrainien est présent régulièrement dans le concours. "Pour la politisation du concours, en 1956, cet événement marquait bien la différence entre les télévisions de l'ouest d'un côté et l'URSS de l'autre. Aujourd'hui, on en est arrivé à cet affrontement entre Ukraine et Russie dans l'Eurovision car ces deux pays accordent une très grande importance aux stratégies d'influence : ils luttent pour proposer un récit de la guerre, des relations entre leurs pays. Et l'Eurovision, comme les compétitions sportives, est une caisse de résonance formidable pour proposer ce récit", rappelle-t-il.

Publicité

"C'est pour beaucoup de pays un moyen de se faire voir, de changer son image"

Le cas de l'Ukraine et de la Russie n'est pas unique : l'Eurovision est un moyen de promouvoir un statut identitaire, de changer d'image. "On voit par exemple l'habileté avec laquelle la Suède a engrangé six victoires pour manifester le dynamisme de son industrie musicale, numérique, et pour attirer à elle des investissements ou des touristes", explique Cyrille Bret, qui parle de "nation branding".

"Il n'y a de comparable à l'Eurovision que l'euro de foot, la coupe du monde ou les Jeux Olympiques", ajoute-t-il, d'autant plus que les téléspectateurs votent, et sont obligés de prendre parti. "Au fil des compétitions, il y a des solidarités qui s'expriment, entre les pays nordiques, ou les pays d'Europe du sud (...). L'Eurovision, c'est un miroir, déformant bien sûr, et futile assurément, de ce qu'est l'Europe, de ses failles, de ses conflits, de ses solidarités".

"Un instrument de rayonnement"

L'Eurovision est, rappelle Cyrille Bret, un terrain pour la lutte pour l'acceptation des différences, avec par exemple la candidature de Conchita Wurst il y a dix ans pour l'Autriche : "On a vu au sein de l'Eurovision se manifester quelque chose qu'on connaissait par ailleurs : un affrontement entre des pays qui veulent une égalité réelle, et ceux qui ne sont pas réticents à maintenir des discriminations envers la communauté LGBT".

Et pour la France ? "Ce serait un instrument de rayonnement extrêmement important s'il était préparé, organisé et promu de la même façon qu'il l'est dans les pays où le concours a énormément d'importance. Pour le moment, les Français n'ont jamais réussi à faire de ce concours un vrai instrument de rayonnement", analyse-t-il.

Références

L'équipe

Laetitia Gayet
Laetitia Gayet
Laetitia Gayet
Production