Mohamed Mbougar Sarr
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Mohamed Mbougar Sarr ©AFP - Joel Saget
Mohamed Mbougar Sarr ©AFP - Joel Saget
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Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2021, pour son roman "La plus secrète mémoire des hommes" coédité par Philippe Rey et et Jimsaan, est l'invité de Léa Salamé.

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  • Mohamed Mbougar Sarr romancier, prix Goncourt 2021 pour son livre "La plus secrète mémoire des hommes"

À qui a-t-il pensé lorsqu’il a appris qu’il avait remporté le Goncourt ? “J’ai pensé à ma famille, à mes amis, au Sénégal et à mes professeurs en tout premier lieu”, raconte Mohamed Mbougar Sarr. “Ceux qui m’ont formé, accompagné dans ma trajectoire, mon expérience comme lecteur et comme passionné de littérature.”

“Je me suis défendu jusqu’au dernier moment d’y croire”, explique-t-il, alors même qu’il était favori. “Mais à deux ou trois jours, ça devient compliqué, surtout quand on est dans une vieille nation littéraire où c’est le sport national, de parier sur qui aura ce prix ! À la fin, j’ai eu la faiblesse d’y penser et même, suprême horreur, d’en parler. Mais rien n’est jamais assuré, et c’est tout le charme de cette période-là.”

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“Il faut avoir toujours conscience que l’essentiel du travail de l’écriture se joue ailleurs. Cet ailleurs-là est très différent des prix littéraires. Il y a la vie littéraire, il y a la littérature, il y a les livres, et il y a les prix littéraires.”

Il écrit aussi aux écrivains africains de se méfier de certaines récompenses. “J’appartiens à un espace dit francophone, duquel la France peut tenter de s’exclure, d’oublier qu’elle appartient à cet espace-là. De cet espace, on peut toujours avoir l’impression qu’il y a une centralité, qui est la France, et des périphéries. Cette idée doit être de plus en plus relativisée, mais elle persiste, elle est tenace.”

Fait-il de sa victoire un symbole ? “Je ne m’en fous pas pour les personnes qui auraient besoin de se trouver des symboles. Parce que ça peut être utile pour certaines personnes. Mais ce n’est pas ce que je cherche : je suis un écrivain et je leur dis d’aller lire le livre, et peut-être qu’ils verront autre chose qu’un symbole. C’est par ce livre-là qu’aujourd’hui je suis là.”

“Mais on est dans une période tellement agitée, complexe, qu’on ne peut pas ignorer la question des symboles. Ça m’échappe, d’une certaine façon.”

“Il faut idéaliser l’espace littéraire comme espace de discussion [entre l’Occident et l’Afrique]”, ajoute Mohamed Mbougar Sarr lorsqu’on l’interroge sur le dialogue entre continents. “C’est l’espace de discussion le plus fécond. À partir du moment où l’on est dans un livre, petit à petit s’effacent tous les préjugés et les aprioris, pour peu qu’on suspende cette architecture mentale et intellectuelle. Le roman vous met toujours en face de vous-même, c'est toujours un miroir qui vous est tendu et qui vous oblige.”