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Wajdi Mouawad ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
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Résumé

Wajdi Mouawad, metteur en scène d'"Œdipe" à l'Opéra de Paris, directeur du Théâtre national de la Colline, est l'invité de 7h50.

avec :

Wajdi Mouawad (Auteur, metteur en scène, comédien et directeur du théâtre national de la Colline).

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"Je travaille sur les tragédies de Sophocle depuis très longtemps", raconte Wajdi Mouawad. "Alexander Neef avait envie que je me penche sur cette tragédie qui n’avait pas été montée depuis 1936, depuis la création. Ensuite, plonger dans l’opéra, pour moi qui passe mon temps à écrire mes propres pièces, c’est aussi une façon de m’extraire de ce que je suis pour aller explorer d’autres manières de créer."

"L’opéra, c'est une énorme machine, c’est gigantesque, y’a 80 musiciens, 80 membres du chœur, y’a un chef, un metteur en scène… C’est comme si on était deux capitaines. Il y a les solistes, les figurants, les enfants, les machinistes, etc. Quand vous décidez une chose, ça prend une semaine avant que ça puisse se mettre en place. C’est vraiment énorme, c’est une chasse au rhinocéros."

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"La vérité est une chose dangereuse, il ne faut pas y aller d’une façon trop rapide"

Pourquoi le mythe d’Œdipe nous parle encore aujourd'hui ? "Œdipe nous renvoie à cette question de la connaissance de nous-mêmes : on est à la fois totalement ignorants et totalement au premier plan. Œdipe veut savoir qui il est, mais il n’a absolument aucun moyen de le savoir. Et quand il le découvre, il se crève les yeux. Ça nous dit que la vérité est comme le Minotaure dans le Labyrinthe, vers lequel on se dirige comme Thésée pour l’affronter, et la vérité est une chose dangereuse. Il ne faut pas y aller d’une façon trop rapide. Ce qui est très fort dans l’opéra de Ionesco, c’est que ce qui crève les yeux d’Œdipe, ce n’est pas tant la vérité, c’est la vitesse contre laquelle il s’est fracassé contre. S’il avait été plus lentement vers la vérité, il aurait pu se rencontrer lui-même avec moins de violence."

Pourquoi Œdipe va si vite dans sa découverte de lui-même ? "Parce que c’est le roi, c'est l’hubris du pouvoir. C’est ça un homme politique. Si on veut une image de quelqu’un qui s’est crevé les yeux, c’est Donald Trump au moment de l’invasion du Capitole. Parce qu’au moment où ça a lieu, tout le monde se demande : pourquoi a-t-il fait ça ?"

"Amalgamer l’identité à l’origine, c'est la chose la plus dangereuse qu’on puisse faire dans une société"

"Ce que j’adore chez les Grecs, c’est que pour eux la connaissance, c’était ce qui est pour nous aujourd’hui la communication", explique le metteur en scène. "Aujourd’hui, pour nous, le plus important, c’est communiquer. À l’époque, c’était pas la communication, c’était la connaissance. Quand vous alliez écouter l’oracle à Delphes, vous étiez accueillis par une phrase : “connais-toi toi-même”. Ça peut être interprété de 40.000 manières, mais pour nous aujourd’hui “connais-toi toi-même”, ça veut dire “occupe-toi de tes affaires”. Ne passe pas ton temps à parler des autres, parce que c'est dangereux, en parlant des autres, tu vas devenir un curé qui fait la morale aux autres. C’est là où cette phrase est excessivement contemporaine."

Que lui inspire le thème de l'identité placé par certains au cœur des débats de la présidentielle ? "Ça m’inspire Œdipe, que le danger de se crever les yeux n’est pas loin. Surtout cet amalgame entre origine et identité, penser que l’origine est l’identité… Alors que , moi je suis Libanais, mais l’identité est un rêve, c'est quelque chose qui est devant nous, on va vers quelque chose, l’identité se construit. Amalgamer l’identité à l’origine, c'est la chose la plus dangereuse qu’on puisse faire dans une société."

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L'équipe

Léa Salamé
Léa Salamé
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Production