Olivier Bogillot
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Olivier Bogillot ©AFP - JOEL SAGET / AFP
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Olivier Bogillot, président de Sanofi France, est l'invité de 7h50. Il évoque le vaccin développé par son entreprise, avec une technologie proche du vaccin contre la grippe, et estime qu'il faudra sans doute "une troisième dose pour tout le monde".

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"Cette crise montre qu’on a besoin de fortes capacités d’innovation en France, en particulier dans notre secteur", estime Olivier Bogillo. "On a besoin de capacités de production, de bioproduction, et c’est aussi très important qu’on puisse avoir ça dans le futur. Cette crise révèle des vulnérabilités, et elle accélère tout : on a constaté nos vulnérabilités, c’est pour ça qu’on fait des investissements, et on accélère sur un certain nombre de domaines."

A-t-il tiré les leçons des échecs français pendant la pandémie ? "C’est obligatoire quand vous êtes confrontés à une crise comme ça. Dans un secteur comme les sciences de la vie, où il y a une très forte compétition internationale, il faut aller vite, il faut s’adapter."

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Un vaccin en décembre, avec la technologie du vaccin contre la grippe

Le vaccin Sanofi contre le Covid va finalement arriver “en décembre”. "On est sur nos études de phase 3. Je rappelle qu’on est sur une technologie différente de l’ARN messager, une technologie à protéine recombinante. C’est ce qu’on utilise pour la vaccination grippale, une technologie éprouvée, qu’on utilise depuis quelques années. C’est la technologie qui était la plus performante il y a encore un an ! Cette protéine recombinante, avec un adjuvant, ça stimule votre système immunitaire, ça le soumet à la protéine du virus, et ça vous fait réagir. Ce type de vaccin va venir s’ajouter aux vaccins existants, de Pfizer, Moderna ou Astra Zeneca."

"Ce sera deux doses pour la primo-vaccination, lorsque vous n’avez jamais été vacciné, et une dose si vous êtes amenés à avoir une vaccination de rappel."

Arrive-t-il trop tard ? "Si c’était le cas, ça voudrait dire que tous les Français seraient vaccinés. Or ce n’est pas la réalité, il y a encore beaucoup de Français qui ne le sont pas. Il va falloir atteindre un niveau d’immunité collective, encore plus avec l’arrivée de variants, très élevé. Aujourd’hui, il n’y a que 20 % de la population mondiale qui est vaccinée !"

"On pense qu’on peut être utiles parce qu’il faut des milliards de doses pour vacciner la population mondiale, donc des doses supplémentaires de Sanofi seront utiles. On pense aussi qu’on sera utiles pour les vaccinations de rappel, si vous êtes amenés à avoir une troisième dose."

"Au regard de la circulation des variants, comme on le voit en Inde, on peut estimer qu’une troisième dose sera utile pour rebooster le système immunitaire, en particulier chez les personnes vulnérables. Je pense qu’il en faudra une pour tout le monde."

"Je pense que le débat [sur la vaccination obligatoire] est légitime", ajoute le président de Sanofi France. "Nous sommes dans une course-poursuite avec le virus, on voit bien avec le variant delta qu’il accélère, et donc vous devez vacciner pour rattraper la course avec ce virus. On veut tous garder une vie normale, garder l’économie et les restaurants ouverts, et on a un outil : la vaccination."

"Quand vous avez été vacciné, vous recontaminez peut-être une personne si vous êtes recontaminé par le variant delta ; lorsque vous n’êtes pas vacciné, vous en contaminez six ! On est sur quelque chose d’exponentiel : la vaccination vous protège et protège les autres."

Sur les antivax qui refusent le vaccin quoiqu'il arrive, il se dit "triste". "On est le pays de Pasteur, on est le pays qui a découvert la vaccination… La vaccination, c’est après l’eau potable ce qui a permis de sauver le plus de gens dans le monde, le plus de vies. On vaccine nos enfants à l’école, la vaccination c’est quelque chose qui nous protège, qui protège les autres. La vaccination sauve des vies ! Moi j’encourage les gens à avoir confiance."

"Je pense qu’il faut continuer à expliquer, à donner des informations, être très transparents. La confiance vient avec la transparence : l’ensemble des données sont aujourd’hui disponibles, les vaccins sont efficaces et ont peu d’effets secondaires."

"L’ARN messager a démontré son potentiel à l’occasion de cette crise"

Sanofi développe actuellement un vaccin à ARN messager contre la grippe. "Il est en phase de développement, on est en phase 1, avec les premiers tests chez l’humain. L’ARN messager a démontré son potentiel à l’occasion de cette crise, c’est extrêmement important qu’en France on puisse avoir des capacités de recherche et de production en ARN messager, parce que si vous avez une autre grande crise épidémique, il faut qu’on ait sur notre sol ces capacités de production très rapides. Et comme on est leaders dans la grippe, on étudie cette technologie pour voir si on ne pourrait pas l’utiliser contre la grippe. La grippe est quelque chose de très particulier, auquel l’ARN messager peut apporter des réponses."

Le temps de recherche “se comptera en années” : “On a mis quelques mois pour le Covid parce qu’on était dans une crise, il faudra quelques années” pour la grippe.

Il estime également qu'il y a un retard d'investissement dans la recherche à rattraper : "Les Américains et les Chinois mettent beaucoup plus de moyens, mais moi je me félicite de voir que les pouvoirs publics et le président de la République prennent la mesure du problème qu'on a sur ce secteur, qui a été désinvesti au fil des années. Que l’exécutif dise qu’il faut à nouveau investir dans ce secteur, dans la recherche publique, dans la production, dans les données de santé, c’est une bonne nouvelle. Ça fait 15 ans qu’on dit que c’est un secteur stratégique."

Pourtant Sanofi a annoncé des suppressions de postes en recherche et développement cette année ? "C’est pas contradictoire parce que le modèle de recherche a changé sur les 15 dernières années. Aujourd’hui, l’innovation n’est pas que dans les laboratoires : avant, les laboratoires avaient toute leur recherche en interne, maintenant elle est dehors. Regardez Pfizer, qui a fait un partenariat avec Biontech, AstraZeneca avec Oxford… L’innovation il faut aller la chercher à l’extérieur, donc on a besoin de compétences différentes en interne : moins de personnes, mais plus qui sont capables de travailler avec l’écosystème. On vient d’annoncer un partenariat avec l’IGR, Paris-Saclay et Polytechnique : on veut aller chercher de l’innovation en travaillant avec les meilleurs à l’extérieur."