François Asselin : "Travailler collectivement plus longtemps, et alors ? Où est le problème ?"

François Asselin, président de la CPME sur France Inter le 19 juillet 2022.
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François Asselin, président de la CPME sur France Inter le 19 juillet 2022. ©Radio France - Capture d'écran France Inter
François Asselin, président de la CPME sur France Inter le 19 juillet 2022. ©Radio France - Capture d'écran France Inter
François Asselin, président de la CPME sur France Inter le 19 juillet 2022. ©Radio France - Capture d'écran France Inter
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François Asselin, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CPME), est l'invité de 7h50.

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  • François Asselin Président de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises

François Asselin, qui représente les petites et moyennes entreprises en tant que président de la CPME, soutient la réforme des retraites. Craint-il que le gouvernement recule face à la rue ? "Ce que je crains, c'est qu'on soit rattrapés par le principe de réalité : la France est un pays qui a beaucoup de mal avec la réalité, parfois même avec la vérité : ce n'est pas compliqué de comprendre, quand on voit l'évolution démographique, qu'on a de moins en moins d'actifs pour financer les retraites", répond-il. Selon lui, "si on ne fait rien, on aura un vrai problème", et l'augmentation de la durée de travail lui semble être la meilleure des solutions, par rapport à une hausse des cotisations ou une baisse des pensions.

Pourtant, ça ne passe pas auprès des actifs. "Je ne vais pas me faire beaucoup d'amis, mais je suis là pour faire prendre conscience qu'il y a un principe de réalité", dit François Asselin : "Nous sommes le pays champion d'Europe des prélèvements fiscaux et sociaux : augmenter les cotisations des salariés, c'est du pouvoir d'achat en moins. Et deuxièmement, c'est pour que des types comme moi, de plus de 50 ans, puissions partir plus tôt, que nos enfants et petits-enfants vont cotiser plus. Mais demain, leurs cotisations d'aujourd'hui ne suffiront pas pour qu'eux partent plus tôt".

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La CPME attachée aux carrières longues

Ainsi, il faut trouver un moyen de travailler collectivement plus longtemps selon le président de l'organisation, qui ajoute : "Et alors ? Où est le problème, franchement ?". Il rappelle que la CPME était attachée à trois éléments : le maintien du dispositif des carrières longues, la prise en compte de l'usure professionnelle, et le fait que le minimum contributif soit équivalent à 85% du SMIC.

Parmi les points de crispation, le nombre de trimestres de cotisation : le fait que des personnes qui ont commencé à travailler à 20 ans doivent travailler 44 ans et non 43. "Ca, c'est une ouverture qui peut très bien être discutée à l'Assemblée nationale", affirme François Asselin.

Des mesures de coercition pour l'emploi des seniors ?

Autre point, l'emploi des seniors : alors que Gabriel Attal s'est dit ouvert à des mesures d'incitation voire de coercition pour pousser les entreprises à garder leurs seniors – plutôt que le simple "indice seniors" prévu aujourd'hui, le président de la CPME prévient : "Lorsqu'on a eu des mesures de coercition, ça bloquait l'emploi des seniors : lorsqu'on embauchait un senior, ça coûtait tellement cher de s'en séparer qu'il valait mieux ne pas l'embaucher (...). Ce que nous disons, c'est qu'il faut plutôt prévoir de l'incitation, axer sur la formation en milieu de carrière, et pourquoi pas prendre le contrepied : quelqu'un qui a plus de 55 ans, pourquoi pas commencer à baisser ses cotisations patronales pour qu'il coûte moins cher, et si vous devez le sortir avant l'âge de la retraite, vous remboursez ces mesures d'abattement".

Il ajoute que le sujet n'est pas le même dans les grandes et les petites entreprises : "Dans une grande entreprise, quand vous voulez faire partir quelqu'un un ou deux ans avant la retraite, vous avez des possibilités financières qui ne sont pas les mêmes que dans une PME"

Les propositions du gouvernement pour les boulangers "pas suffisantes"

Sur la question de l'inflation et de la hausse des coûts de l'énergie : chez les boulangers par exemple, "tout augmente chez eux, ils ont une inflation galopante qu'ils ne peuvent pas répercuter sur le prix de vente", dit-il. "Le gouvernement a fait des propositions, on s'aperçoit que ce n'est pas suffisant, et les solutions sont complexes et pas immédiates pour tuer cet incendie", ajoute-t-il. Et même les guichets ouverts pour traiter les cas particuliers pourraient ne pas suffire, selon lui, même s'il reconnait que le "quoi qu'il en coûte" ne peut pas être repris.

Face à Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Medef, qui dit qu'il faut arrêter de tendre la main à chaque difficulté, et que les patrons sont faits pour se battre pour leur entreprise quoi qu'il arrive, il répond : "Ceux qui ont un mur de l'énergie devant eux, en sont-ils responsables ? Si demain vous avez une entreprise en bonne santé et que le prix de l'énergie fait qu'elle risque de péricliter, je crois que le pays doit se poser la question de comment la sortir de cette ornière", par une adaptation des mesures.

Enfin, répondant à Marine Tondelier, leader d'EELV sur les milliardaires, il affirme qu'on "est dans un pays où on aime bien couper des têtes. Peut-être que le tort de certains riches français, c'est d'être Français, tout simplement".

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