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Johann Chapoutot
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Résumé

Johann Chapoutot, Professeur d’Histoire Contemporaine à la Sorbonne, auteur de "Le grand récit - Introduction à l’histoire de notre temps" (PUF), est l'invité de Léa Salamé.

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Johann Chapoutot (Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Sorbonne - Paris IV).

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Pourquoi ce besoin de toujours croire en quelque chose ? “Nous sommes des êtres symboliques, des êtres de langage, nous avons besoin de récit pour cartographier notre position dans le monde et supporter ce petit détail : le fait que nous sommes mortels. Lorsque l’on parle de comprendre la logique de quelqu’un, derrière il y a le logos, le discours, le récit.”

“Il y a eu un vide laissé par le providentialisme, qui était l’explication dominante jusqu’à la première guerre mondiale, et qui a reflué devant les grandes catastrophes du XXe siècle et devant le scientisme", explique l'historien. "Pour remplir ce vide, il y a eu des religions politiques. Des idéologies comme le communisme, le fascisme, le nazisme, sont des positions anthropologiques, qui définissent votre position dans le monde, votre rapport à la mort, et sont donc de fait des propositions religieuses.”

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"Le complotisme est une manière de faire de la religion sans dieu"

Aujourd'hui, on voit apparaître de nouvelles croyances, comme le complotisme : “On ne peut pas ne pas faire l’hypothèse de la bêtise, parfois”, reconnaît Johann Chapoutot. Mais pour lui, il faut le prendre au sérieux, “de même qu’on a eu tort de ne pas prendre au sérieux les propositions idéologico-religieuses des fascistes, des nazis, des staliniens, qui étaient incarnés par des acteurs qui y croyaient. Le complotisme est une manière de faire de la religion sans dieu : c’est tout expliquer par une force obscure, on congédie dieu mais on garde le diable, les pédo-satanistes, les reptiliens, les juifs qui sont toujours de bons candidats à l’explication par la causalité diabolique.”

“On constate qu’il y a investissement dans un discours complotiste lorsqu’il y a de grands traumatismes sociaux.”

Il y a aussi le déclinisme, le “c’était mieux avant” : “Ça marche parce qu’il y a des traumatismes sociaux massifs : la mondialisation, la désindustrialisation, la pandémie… Il y a un besoin de se recroqueviller vers quelque chose de fantasmé qui aurait été mieux avant. C’est une vieille tradition, qu’on peut mettre en perspective avec la tradition romaine : au premier siècle de notre ère, à l’acmé de l’empire romain, tous les historiens romains disaient que c’était mieux avant et que Rome était en train de se déglinguer !”

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Léa Salamé
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