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Anne-Laure Kiechel et Eric Heyer dans le studio de la matinale de France Inter ©Radio France
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Résumé

Anne-Laure Kiechel, conseillère économique, fondatrice de la société Global Sovereign Advisory, et Eric Heyer, Directeur du département analyse et prévision de l'OFCE et membre du Haut Conseil des Finances Publiques, sont les invités du Grand entretien de France Inter.

avec :

Éric Heyer (Économiste), Anne-Laure Kiechel (conseillère économique, fondatrice de la société Global Sovereign Advisory).

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"On n’est qu’au début de cette histoire-là, il faut s’attendre à avoir des épidémies régulièrement", regrette Eric Heyer. "On verra si c’est une bonne décision de retarder les confinements. Ce qu’on peut dire, c’est que les confinements aujourd’hui coûtent moins cher que ceux d’hier : au premier confinement, on avait enlevé 30 % d’activité, l’économie ne tournait qu’à 70 % ; pour le confinement de novembre, on a été très surpris, on tournait quasiment à 92 %. Ça veut dire que globalement, on arrive à apprendre des confinements."

"Quand on regarde les chiffres, ce sont des chiffres globaux", tempère toutefois Anne-Laure Kiechel. "Mais il y a des professions, des branches d’activité qui sont extrêmement touchés. Il y a un sujet autour de ces secteurs, qui auront peut-être énormément de mal à remonter derrière. Or on connaît l’importance des restaurants en France, il faut réfléchir à ce qu’on détruit [en confinant]. Il faut que les mesures sanitaires soient respectées, mais pour les restaurateurs ce serait important [de pouvoir rouvrir]. Il y a eu beaucoup de recours à l’activité partielle, qui permet de ne pas détruire des emplois. Quand vous arrivez à les maintenir, c’est ça qui permet le rebond derrière. Mais certains vont être obligés de fermer."

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"Les 20 % les plus modestes n’ont rien pu épargner"

Que va-t-il se passer au moment de la reprise ? Eric Heyer estime que "pour que l’économie puisse rebondir, il va falloir garder le tissu productif intact". "On peut penser que le jour où on déconfine, on va vouloir consommer tout ce qu’on n’a pas pu consommer. En 2020, alors qu’on a connu la plus grande crise, en moyenne les ménages sont plus riches qu’en 2019 ! Globalement, on a peu ou prou maintenu leurs revenus, tout en les empêchant d’aller consommer. Bien sûr, les 20 % les plus modestes n’ont rien pu épargner et eux y ont perdu, il va falloir faire des mesures pour eux. Mais globalement, le jour où l’on va pouvoir lever toutes les mesures de restriction, la consommation va rebondir. Il va falloir qu’il y ait un tissu productif en face pour répondre à cette consommation, sinon ça partira à l’extérieur… Aujourd’hui, le point central c'est d'aider les entreprises."

"Il y a 30 % de faillites en moins en 2020 par rapport à une année normale : parce qu’on a mis aussi sous cloche tous les problèmes."

L'économiste s'inquiète du jour où les entreprises devront rembourser les prêts garantis par l'État. "C’est là où la mer va se retirer, et on verra si ces entreprises ont gardé un petit maillot de bain ou pas. S’il y a des faillites d’entreprises, ça va faire boule de neige : la consommation va partir à l’étranger, les entreprises vont licencier, la paupérisation des salariés va arriver… Il ne faudra pas débrancher tout de suite les aides, mais continuer à accompagner."

"Je voudrais insister sur un point très important", ajoute Anne-Laure Kiechel. "En effet, l’épargne des ménages a énormément augmenté pendant cette crise, mais attention : 20 % des ménages les plus aisés concentrent 70 % de cette épargne ! C’est l’angle mort de beaucoup de choses qui se racontent : il y a une augmentation de la pauvreté et des inégalités. C’est toute l’attention qui va devoir être portée, pour que les mesures à venir soient extrêmement ciblées et prennent en compte les très grandes disparités entre les secteurs d’activité et les différents types de population. Les mesures actuelles ne sont clairement pas suffisantes [pour les plus pauvres], il faut faire beaucoup plus."

Références

L'équipe

Nicolas Demorand
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Production
Léa Salamé
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Léa Salamé
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