Eric Piolle
Eric Piolle ©AFP - MARTIN BUREAU / AFP
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Eric Piolle, maire EELV de Grenoble, candidat à la primaire des Verts pour la présidentielle et auteur de "De l’espoir ! Pour une république écologique" (Ed. Les Liens qui libèrent), est l'invité du Grand entretien.

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"Je ne souffre pas d’un déficit de notoriété", précise le maire de Grenoble. "Je suis moins connu, comme le sont les maires. Nous travaillons dans cet ancrage local. Je me suis engagé, assez tardivement il y a dix ans, dans la vie politique pour faire passer l’écologie de cette force utile comme lanceur d’alerte et contre-pouvoir à un nouveau virage, l’exercice du pouvoir, la capacité à fédérer derrière un projet positif et constructif."

"Si vous mettez à côté Gérald Darmanin et Barbara Pompili, vous voyez qu’il n’y a rien à voir"

Comment va se dérouler la primaire écologiste, qui rassemble déjà cinq candidats ? "Cette primaire va être l’occasion de mettre dans le débat public les grands thèmes de société d’aujourd’hui : le climat, ses conséquences sociales, les questions d’émancipation… Ça c'est positif, puisque nous sortons de quelques mois où le débat public a été stérilisé par des questions de sécurité, où l’on avait l’impression que la compétence première d’un conseil régional c'était de gérer la sécurité. L’ensemble des militants écologistes, des sympathisants, vont pouvoir regarder la façon dont nous portons les choses, nos défauts, nos qualités, nos parcours… C’est ça aussi une primaire : on résume ça à des questions d’égo, mais moi depuis toujours je travaille dans un état d’esprit collectif, comment se fédérer pour agir ensemble."

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Éric Piolle l'assure : "Il y a plus d'homogénéité dans la famille écologiste qu’il n’y en a dans toutes les autres familles : si vous regardez LREM et que vous mettez à côté Gérald Darmanin et Barbara Pompili, vous voyez qu’il n’y a rien à voir. Vous mettez Laurent Wauquiez et ce qui doit rester caché quelque part de gaullistes sociaux, ça n’a rien à voir non plus. Nous avons une homogénéité dans la façon dont nous proposons des solutions, mais nous avons chacun notre manière de l’incarner."

"Mon livre s’appuie sur ce qui me met en colère ou qui me rend triste", raconte-t-il. "Je crois que nous avons besoin de dire d’où nous parlons, ce qui nous fait avancer, notre vision. Puis je définis ce qu’est l’écologie politique selon moi, ce que nous avons fait à Grenoble, en traçant quelques lignes sur la France. Y’a énormément de monde qui veulent une VIe République : ce que je propose, c’est un référendum dès que je serai élu, qui se tiendra au moment des législatives, pour déverrouiller l’avenir. En introduisant une dose de proportionnelle aux législatives, en mettant le climat dans l’article 1, en séparant enfin la justice de l’exécutif, en introduisant le référendum d'initiative citoyenne. Les gens demandent la capacité de pouvoir participer à la réforme."

"Le référendum [sur l’introduction de la lutte pour le climat] n’aura pas lieu d’ici la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron. Il a fait traîner cette réforme : c’est en juin l’année dernière qu’il accueillait la Convention citoyenne à l’Élysée. Depuis, il a balayé la plupart des réformes proposées et a laissé traîner ce référendum. Il ne pourra maintenant pas avoir lieu avant l’élection, à cause du calendrier choisi par Emmanuel Macron."

"Le PIB est un indicateur qui ne reflète pas notre qualité de vie"

Dans quel camp se situe-t-il par rapport à la croissance économique ? "La croissance est devenue une religion : vous devez être croissanciste ou décroissanciste ! Ça ne me parle pas. Ce qui est intéressant, c’est de voir ce que nous voulons faire émerger dans la société : nous voulons partir du vécu, du logement, de la mobilité, de l’alimentation. Et notre indicateur, la croissance du PIB, n’est pas adapté à ça. Fixons-nous des objectifs sur ce que nous voulons atteindre. En matière de santé, nous savons que nous sommes aujourd’hui dans une politique du tout curatif : on a bien mesuré là qu’il fallait aussi faire du préventif. Ça permettra à financement constant d’améliorer notre santé à toutes et à tous. Le PIB est un indicateur qui ne reflète pas notre qualité de vie."

Sur la 5G, le maire de Grenoble explique vouloir la réguler. "Nous avons une question forte autour de l’usage du numérique. Comme le dit le Haut Conseil sur le Climat, si nous ne faisons rien le numérique va doubler sa consommation électrique dans les 5 ans qui viennent. La vraie question, c’est comment nous régulons les technologies qui arrivent. De la même façon que dans la technologie médicale, sur la bioéthique, nous savons faire plein de choses, que nous régulons, en se disant : nous avons acquis une telle puissance que cette puissance peut aussi se retourner contre nous. Si nous ne faisons rien, nous allons voir exploser les gaz à effet de serre liés au numérique, et on ne peut pas juste se dire que c’est un progrès par nature."

Quand on évoque son soutien à Attac qui a peint en noir des vitrines de la Samaritaine, provoquant l'indignation de la maire de Paris Anne Hidalgo, il répond : "Il y a des actions symboliques qui sont fortes, et dans cette crise les plus riches se sont enrichis encore : ce n’est pas possible, c’est un scandale pour notre justice sociale. C’est aussi un scandale pour l’avenir de la planète : ce système de prédation crée des inégalités sociales et détruit l’environnement. Ce n’est pas du vandalisme : rien n’a été détruit."

Enfin, il répond également à une auditrice qui l'interroge sur son rapport à l'universalisme (dans les luttes féministes ou antiracistes) : "L’universalisme que je porte, que nous sommes nombreux à porter, il ne peut pas écraser les luttes féministes, les luttes antiracistes, la lutte contre l’antisémitisme… Ces mouvements qui luttent contre des discriminations cumulées sont importants. Le mouvement #metoo me semble avoir porté une amélioration de la situation, partout dans la société. Ces mouvements nous font progresser, comme les mouvements du MLF ont fait progresser la cause des femmes il y a 50 ans."

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