Frédéric Martel (gauche) et Jack Lang (droite)
Frédéric Martel (gauche) et Jack Lang (droite)
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Frédéric Martel (gauche) et Jack Lang (droite) ©AFP - Leemage // PATRICK BAZ / Auditoire
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Résumé

Jack Lang, ancien ministre de la Culture, président de l'Institut du monde arabe, et Frédéric Martel, professeur à l'université des arts de Zurich, producteur à France Culture, auteur de "Une révolution culturelle" (Bouquins), sont les invités du Grand entretien.

avec :

Frédéric Martel (Journaliste. Producteur de l'émission "Soft power" sur France Culture.), Jack Lang (Président de l'Institut du Monde Arabe, ancien ministre de la Culture).

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Jack Lang l'assure : ce livre, ce n'est pas son idée. "C’est Frédéric Martel et la collection Bouquins qui m’ont fait cette proposition. J’ai donc dit : oui, mes archives sont ouvertes, la seule condition c’est que c’est vous qui choisissez."

"J’avais pour mandat de concevoir une politique qui casse la baraque"

"Ce n’est ni un livre de chercheur, ni un livre à charge, simplement un livre de chercheur, comprendre comment les choses se sont passées", confirme Frédéric Martel. "Moi personnellement, c’est une époque que je n’ai pas vécue. Or ça fait partie de l’ADN de nos politiques culturelles depuis 40 ans : on va fêter les 40 ans de mai 81 dans quelques jours, et je me suis dit qu’il fallait regarder ce qu’il s’était passé. Comment, au fond, note après note, page après page, une politique culturelle se crée, se construit, se dessine, comment elle réussit ou échoue, avec ses erreurs et ses défauts. Il m’a semblé que l’œuvre écrite de Jack Lang, c’était ses notes, parfois jusqu’à deux ou trois par jour à François Mitterrand. On a affaire à un fou furieux qui écrivait tous les jours au président !"

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"Le fou furieux, c’est moi", raconte Jack Lang. "Et le président patient et affectueux à mon endroit, c’est François Mitterrand qui accepte d’être harcelé jour après jour. On n’était pas d’accord sur tout, c’est normal, mais on formait un duo, un tandem. J’avais pour mandat de concevoir une politique qui casse la baraque, qui dépasse les lignes, qui déplace les frontières. François Mitterrand comprenait donc parfaitement que je le harcèle !"

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"Ces notes racontent les bagarres, les affrontements, que nous ne souhaitions pas mais qui étaient liés au contexte politique", raconte Jack Lang. "Les affrontements avec Jacques Chirac quand il était maire de Paris et quand il est devenu Premier ministre en 1986. Il avait décidé en arrivant à Matignon d’arrêter le projet de l’Opéra Bastille, les Colonnes de Buren, la Cité de la Musique à la Villette… Et puis nous avons réussi, jour après jour, à le convaincre de ne pas détruire ce que nous avions engagé."

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"Une révolution culturelle qui place l’artiste au centre du jeu"

Frédéric Martel explique : "J’ai grandi dans l’idée que la politique culturelle était une nécessité, un volontarisme politique. C’est le volontarisme politique mis au service de l’art. Ce qu’on peut appeler le “langisme” ! Une révolution culturelle qui place l’artiste au centre du jeu. De plus, on inverse le rapport de forces entre l’art et le marché : les artistes ne doivent pas subir l’art, on leur donne des armes pour lutter presque d’égal à égal. Jack Lang est ministre de la Culture, mais aussi ministre de la Culture au ministère de la Poste, au ministère des Transports, au ministère de la Mer… Il écrit aux ministres pour leur demander : “qu’est-ce que vous allez faire pour la Culture ?” C’est presque une forme de guévarisme culturel pour “changer la vie”. On a d’abord une énergie."

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"Langisme" ? Le terme ne plaît pas beaucoup à l'ancien ministre de la Culture. Par contre, “Che Guevara de la Culture”, c’est intéressant ! Même si je n’ai tué personne pour changer le pays du point de vue culturel. Mais les choses ne se ramènent pas à une personne, le ministre de la Culture. Il y avait un président de la République,  des conseillers exceptionnels : Jacques Attali, Paul Guimard, Régis Debray, Laure Adler, Erik Orsenna… Tous les membres du gouvernement étaient militants de la Culture ! Sans cette équipe d’enfer, jamais je n’aurais pu accomplir ce que Frédéric Martel appelle une “révolution”."

"Mon bonheur, je le rencontre chaque jour : c’est que dans ce pays, l’idée même de Culture fait partie de la vie quotidienne."

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"D’où la popularité de la politique menée en ce temps-là. Notre ambition n’était pas seulement l’art, c’était un projet de civilisation. S’y ajoutaient les politiques de la recherche scientifique, de la science de l’architecture… Nous considérions que l’art, la culturel, l’éducation, la science, doivent occuper non pas le deuxième ou le troisième, mais le premier rang !"

"On parlait de “révolution culturelle” : je pense que le temps est venu aujourd’hui d’une nouvelle révolution qui renverse la table."

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"Pour le chercheur que je suis", poursuit Frédéric Martel, "ce qui est frappant c’est qu’en mai 1981, en très peu de semaines, beaucoup va être fait. D’abord la loi sur le prix unique du livre, le doublement du budget… On vit depuis 40 ans sur cet ADN culturel, et c’est ce que j’ai essayé de comprendre."

Le Covid, "une occasion historique d'imaginer un New Deal dans le domaine culturel"

Comment faire revivre la vie culturelle après le Covid ? Pour Jack Lang, "il faudrait que le président de la République saisisse par les cheveux deux situations historiques : le Covid, qui ne pourra pas être sans conséquence, et la présidence par la France de l’Union européenne en janvier prochain. Ce peut être une occasion historique pour lui et nous tous de rebattre les cartes, et d’imaginer un New Deal à la Roosevelt dans le domaine culturel. Roosevelt n’avait pas seulement envisagé des mesures économiques : il y a des mesures culturelles qui ont complètement changé la vie culturelle américaine ! Il faudrait profiter de cette période pour reconstruire, refonder, ré-imaginer, réinventer la politique de la culture et de la science."

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Ali Baddou
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