Jean-Marc Jancovici
vidéo
Jean-Marc Jancovici ©AFP - FRANCOIS GUILLOT / AFP
Jean-Marc Jancovici ©AFP - FRANCOIS GUILLOT / AFP
Jean-Marc Jancovici ©AFP - FRANCOIS GUILLOT / AFP
Publicité

Jean-Marc Jancovici, ingénieur, professeur à l'École des Mines, fondateur du cabinet de conseil Carbone 4 et président du think tank The Shift Project, est l'invité du Grand entretien de France Inter ce jeudi.

Quatre jours après la fin de la COP27 en Égypte, l'ingénieur Jean-Marc Jancovici est l'invité du Grand entretien de France Inter ce jeudi. Le texte final adopté par les participants est décrié pour son manque d'ambition. "Le fonctionnement même d'une Cop fait que ça ne peut pas contraindre de l'extérieur des pays qui ne voudraient pas, de l'intérieur, avancer sur le sujet", explique Jean-Marc Jancovici. Les efforts doivent être faits au niveau national ou européen, selon lui. L'intérêt de la Cop est toutefois de "faire parler" du dérèglement climatique. "Il ne faut rien en attendre d'autre, sauf un peu de lissage entre pays qui sont déjà d'accord pour avancer de façon importante", ajoute-t-il.

Interrogé par un auditeur sur le seuil d'1,5 degré de réchauffement, l'ingénieur estime que cet "objectif de rester sous les 1,5 degré est mort". "Aujourd'hui, le réchauffement planétaire est de l'ordre de 0,2 degré par décennie et même dans un scénario de type accord de Paris, on franchirait les 1,5 degré avant 2050", explique-t-il.

Publicité

"On va devoir faire avec moins"

Questionné sur les crises actuelles - crise de l'énergie, guerre en Ukraine et inflation - Jean-Marc Jancovici estime que cela aura au moins le mérite de "servir la lutte contre changement climatique car si on manque de gaz et de pétrole, on émet moins de CO2". "L'approvisionnement est limité par la géologie", poursuit-il. "C'est évident que les émissions de CO2 ne peuvent pas croitre indéfiniment. La seule question est de savoir ce qui les fera baisser un jour. Est-ce que ce sera notre volonté ou des évènements externes ?"

"Poutine ne fait qu'accélérer l'histoire. Le pic de la production mondiale de pétrole conventionnel était en 2008 et celle de pétrole tout compris - dont le pétrole de schiste et les sables bitumineux - il est possible que cela ait été 2018 - il est encore un peu trop tôt pour le dire. Donc, de toute façon, on va devoir faire avec moins", souligne-t-il. "On a tellement perdu de temps à ne pas comprendre qu'on allait devoir faire avec moins, qu'au moment où on est surpris, on répond dans le désordre. Ces trucs-là ça se gère avec des décennies d'anticipation."

Gouvernement : "Les bons actes ne sont pas forcément là"

Concernant les leviers annoncés par la Première ministre Élisabeth Borne pour sa politique énergétique - sobriété, production décarbonée et innovation - Jean-Marc Jancovici estime que "les bons mots sont là mais quand il s'agit de passer aux actes, les bons actes ne sont pas forcément là". "La sobriété, pour que ce soit efficace, il ne faut pas que cela reste un mot. Il faut parler mesures concrètes et impact quantifié des mesures concrètes." Il suggère notamment de réduire la vitesse sur autoroutes à 110 km/h.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

"Le grand n'importe quoi" des médias

Très critique vis-à-vis du rôle des médias dans la prise de conscience du dérèglement climatique, l'ingénieur, très présent ces derniers mois sur les plateaux télé, note certaines améliorations dans le temps d'antenne consacré au problème mais pointe des erreurs dans le traitement de l'information. "Le grand n'importe quoi s'est déplacé", estime-t-il. "Il y a dix ans, il était sur la définition des problèmes" et aujourd'hui, il "est passé sur les solutions aux problèmes". "On entend beaucoup de bruit sur l'avion à hydrogène qui va permettre de sauver l'aviation commerciale, la voiture électrique, etc. On exagère ou on rend excessivement simple la solution au problème", poursuit-t-il. "On voit énormément d'informations qui sont reprises sans hauteur de vue ni mise en perspective et qui donnent l'illusion que le problème va être très facile à mettre sous contrôle."