Henri Cosquer dans la Grotte Cosquer en 2019.
Henri Cosquer dans la Grotte Cosquer en 2019.
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Henri Cosquer dans la Grotte Cosquer en 2019. ©AFP - GERARD JULIEN / AFP
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Résumé

Henri Cosquer, ancien plongeur professionnel, Gabriel Beraha, archéologue préhistorien, responsable de la Grotte Cosquer, et Sophie Bécherel, journaliste à France Inter, spécialiste des questions scientifiques, sont les invités du Grand entretien.

avec :

Sophie Bécherel (Journaliste scientifique à France Inter), Henri Cosquer (Ancien plongeur professionnel et découvreur de la grotte Cosquer), Gabriel Beraha (Archéologue préhistorien et responsable de la Médiation culturelle et scientifique de la Grotte Cosquer ).

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C'est une extraordinaire humaine doublée d'un défi scientifique et artistique : l'ouverture la semaine prochaine, samedi 4 juin, à Marseille, de la réplique de la grotte Cosquer. La seule grotte sous marine ornée connue à ce jour, avec 480 peintures et gravures dessinées par nos ancêtres il y a près de 30 000 ans. Elle porte le nom de son découvreur, Henri Cosquer, qui a l'a explorée à partir de 1985. "J'ai trouvé un trou dans la roche, à 37 mètres de profondeur et j'ai commencé à explorer l'entrée. Et petit à petit, car quand on n'a pas assez d'air la plongée s'arrête et après, j'ai commencé à programmer la plongée de cette grotte, donc venir avec du matériel, et commencer à avancer dans la galerie qui est assez longue, qui fait en tout 75 mètres", se souvient-il.

Des grands pingouins à Marseille

Ce n'est qu'après plusieurs plongées, plusieurs avancées dans le boyau, qu'il découvre les peintures. "La première peinture que j'ai vue c'est une main, et j'ai dit 'mais qui est venu taguer là-dedans ?'. Après, j'ai pu faire une expédition dans la grotte avec mes moniteurs de plongée, coute une équipe, Yann, Pascal et Sandrine, et on a exploré toute la grotte en même temps. Là, on a vu plusieurs mains, des peintures et tout cet ensemble."

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Gabriel Behara, historien, archéologue, et responsable de médiation culturelle de la grotte Cosquer poursuit la description : "Aujourd'hui, dans les parties qui sont émergées, on a à peu près 500 représentations animales et non figuratives. Il y a beaucoup d'animaux qui vivaient à l'époque autour de Marseille, dans les calanques : des grands bisons des steppes (plus gros que les bisons qu'on va avoir aujourd'hui en Amérique ou même dans les plaines d'Europe centrale), des antilopes saïga, (qu'on peut voir aujourd'hui en Asie centrale, en Mongolie, au Kazakhstan) et on va y voir surtout des grands pingouins. Il faut imaginer qu'à l'époque où la grotte Cosquer a été décorée, on était dans une période glaciaire avec des températures beaucoup plus basses que ce qu'on a aujourd'hui évidemment aux calanques de Marseille. Ces grands pingouins ont disparu au milieu du 19ème siècle."

On trouve aussi des phoques sur les murs de la grotte, "et ça c'est une représentation unique dans l'art pariétal. On a les seules gravures de phoque qu'on connaisse à ce jour."

Une forte signification symbolique

Et puis il y a donc les mains, laissées par des homo-sapiens. "C'est une grotte qui va être fréquentée pendant très longtemps. Les plus anciennes dates qu'on ait sont de l'ordre de 33 000 ans à peu près. Et les plus récentes, autour de 19 000 ans. Les mains négatives [faites avec pochoir - Ndlr], a priori, sont parmi les plus anciennes représentations. On a des gravures qui sont en dessous. Il y a un grand nombre de mains dans la grotte Cosquer, presque 70", détaille Gabriel Behara.

"Ça a une forte signification symbolique. Nous, aujourd'hui, on a un peu de mal à savoir précisément quel est le but de cet art pariétal. On sait qu'ils ne le font pas juste par loisir. C'est quelque chose qui est extrêmement codifié et qui est très régi par des règles de représentation de certains animaux et pas d'autres. On a plusieurs pistes. On a écarté certaines pistes, comme la magie sympathique de la chasse. On pense parfois, pourquoi pas, à un symbolisme mythologique, mythique, à des représentations de grandes histoires, des transmissions de connaissances à travers ces animaux."

Une grotte condamnée à disparaître

"Le paysage que l'on a aujourd'hui n'est pas du tout celui du temps de l'occupation de la grotte où la mer était plus loin, à 15 kilomètres de là, et donc c'était une plaine, ce qui explique que cette grotte était accessible à pied. Et aujourd'hui, la difficulté d'accès, c'est ce qui la rend exceptionnelle, plus la montée du niveau de la mer qui, évidemment, la fragilise énormément", souligne Sophie Becherel.

Et potentiellement la menace de la voir disparaître. "A terme, on va la perdre. Aujourd'hui, on a à peu près 4/5èmes de la grotte qui sont immergés, donc probablement autant de représentations qui ont disparu et qui nous serons à jamais inaccessibles. On a un phénomène de surpression qui fait que naturellement, le niveau dans la grotte est inférieur au niveau actuel. Mais globalement, le niveau de la mer monte à l'échelle planétaire donc ça va avoir une incidence à l'intérieur de la grotte et on peut imaginer que ce phénomène de surpression peut s'arrêter pour des raisons diverses et variées. On essaye de le maintenir pour préserver la grotte, mais à terme, elle est condamnée", analyse Gabriel Behara.

Références

L'équipe

Jérôme Cadet
Production
Alexandre Gilardi
Collaboration
Juliette Hackius
Collaboration
Stéphanie Boutonnat
Collaboration