Sylvie Pierre-Brossolette : "Il faut prendre le mal à la racine, combattre le sexisme dès le plus jeune âge"

Sylvie Pierre-Brossolette et Anne-Cécile Mailfert
vidéo
Sylvie Pierre-Brossolette et Anne-Cécile Mailfert ©AFP - PATRICK KOVARIK / STEPHANE DE SAKUTIN
Sylvie Pierre-Brossolette et Anne-Cécile Mailfert ©AFP - PATRICK KOVARIK / STEPHANE DE SAKUTIN
Sylvie Pierre-Brossolette et Anne-Cécile Mailfert ©AFP - PATRICK KOVARIK / STEPHANE DE SAKUTIN
Publicité

Sylvie Pierre-Brossolette, présidente du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), et Anne-Cécile Mailfert, fondatrice de la Fondation des Femmes, présentent le rapport annuel 2023 sur l’état des lieux du sexisme en France. Un phénomène largement persistant.

Avec
  • Sylvie Pierre-Brossolette Membre du CSA
  • Anne-Cécile Mailfert Fondatrice de la Fondation des femmes, ancienne Porte-parole d’Osez le féminisme.

"Oui, ce rapport est alarmant, il y a vraiment de quoi réfléchir et lancer une alerte aux pouvoirs publics, ça suffit", commence Sylvie Pierre-Brossolette, présidente du Haut Conseil à l'Égalité. "Il faut comprendre que le sexisme ordinaire conduit malheureusement au sexisme le plus violent. Il perdure et il apparait encore malheureusement plus fortement chez les 25-34 ans. À mon avis, car cette génération a baigné dans les réseaux sociaux, le numérique, le porno", où il y a "des éléments banalisés de violence masculine", analyse-t-elle.

"On ne peut plus se contenter de protéger les femmes à la fin quand elles sont en danger. Il faut prendre le mal à la racine, s'intéresser au sexisme et le combattre dès le plus jeune âge", poursuit-elle.

Publicité

"Ça veut dire que les femmes commencent à prendre conscience de ce qu'elles vivent"

Le rapport, réalisé à partir d'un baromètre de l'Institut Viavoice, indique que plus d'un tiers des femmes ont déjà vécu un rapport sexuel non-consenti. "Effectivement, les chiffres sont alarmants sur les violences sexuelles, néanmoins, ça veut dire que les femmes commencent à prendre conscience de ce qu'elles vivent. Elles commencent à voir que certaines choses sont du sexisme", ajoute Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes. "Mais c'est sûr que suite à cette prise de conscience, les choses n'ont pas bougé. Et il y a des conservatismes qui se sont crispés", poursuit-elle.

Elle trouve "fou", "qu'il n'y ait pas eu de politiques publiques de bien plus grande ampleur" à ce stade. "On n'a pas encore fait bouger le cœur du problème, le sexisme. Il vient d'un rapport de domination des hommes sur les femmes, donc ça va vouloir dire faire bouger le curseur. Interroger la masculinité, la virilité".

"Les jeunes hommes sont complètement influencés par ce qu'ils regardent"

Le rapport pointe un décalage entre "perception, déclaration et pratique". C'est "je dis ce que je pense mais je ne fais pas ce que je pense", lance Sylvie Pierre-Brossolette. "C'est quelque chose de très frappant : il y a une adhésion intellectuelle et politique à l'égalité. Mais dans les réflexes, ça ne passe pas. Les pratiques perdurent. Les jeunes hommes sont complètement influencés par ce qu'ils regardent. Or les séquences les plus vues sur YouTube en France sont du sexisme ordinaire", indique-t-elle. L'ancienne membre du Conseil Supérieure de l'Audiovisuel, déplore qu'on n'ait "pas régulé le net, et les jeunes sont biberonnés à ces scènes de violence banalisée."

Le rapport pointe par ailleurs un "continuum des violences entre des manifestations insidieuses, clichées (…) et les violences plus graves". "Le sexisme déclenche les violences faites aux femmes, l'un ne va pas sans l'autre. Aujourd'hui, on traite les effets du mal, mais on n'est pas allé à la racine du mal, aux raisons du sexisme", explique Anne-Cécile Mailfert.

"41% des 18-24 ans pensent que forcer sa compagne à avoir une relation sexuelle n'est pas un viol"

Elle cite en exemple une étude de l'association "Mémoire traumatique et victimologie" avec IPSOS selon laquelle "les jeunes hommes" (18-24 ans) sont plus nombreux que les plus de 25 ans à estimer que "forcer sa compagne" à avoir un rapport sexuel est un viol. Selon elle, "l'Arcom ne fait pas ce qu'il faut sur l'accès des mineurs à la pornographie. On est sur une génération qui depuis l'âge de 12-13 ans, peut accéder à du porno tous les jours. Et quel genre d'images ils voient, du contenu ultra-violent." Un tiers de la bande passante en France est consacrée à regarder du porno, rappelle Sylvie-Pierre Brossolette.

Le "coût de la virilité" estimé à "92 milliards d'euros"

Le sexisme "coûte un pognon de dingue" à la société, conclut Anne-Cécile Mailfert. Elle estime "le coût de la virilité, des comportements de violences, des dégradations" à "92 milliards d'euros" pour la société.

L'équipe