Victoire de Lula au Brésil : "Bolsonaro perd l'élection, mais son mouvement s'est renforcé", dit un chercheur

Lula et Bolsonaro lors du débat présidentiel, le 28 octobre 2022
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Lula et Bolsonaro lors du débat présidentiel, le 28 octobre 2022 ©AFP - MAURO PIMENTEL
Lula et Bolsonaro lors du débat présidentiel, le 28 octobre 2022 ©AFP - MAURO PIMENTEL
Lula et Bolsonaro lors du débat présidentiel, le 28 octobre 2022 ©AFP - MAURO PIMENTEL
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Maud Chirio, historienne, maîtresse de conférences à l'Université Eiffel, Cristina Terra, économiste. professeure à l'ESSEC Business school, Christophe Ventura, directeur de recherche à l'IRIS et Olivier Poujade, envoyé spécial de France Inter au Brésil, sont les invités du Grand Entretien.

"Jair Bolsonaro perd l'élection sur le fil, mais il n'est pas défait, et encore moins le bolsonarisme", affirme Christophe Ventura, directeur de recherche à l'IRIS, alors que Lula (Parti des travailleurs) a remporté la présidentielle brésilienne face à Jair Bolsonaro (extrême-droite), avec deux points d'avance. Le chercheur note que le camp de Bolsonaro a remporté beaucoup d'autres victoires électorales : "le mouvement de Bolsonaro s'est renforcé, il est puissant au Brésil, il vient de remporter une position majoritaire au sein de la chambre des députés et du Sénat, au niveau des États. Sur les 27 Etats, il y en a 14 qui ont voté pour Bolsonaro. Il va avoir d'énormes villes brésiliennes, dont Sao Paulo". Ce qui explique d'après lui son silence après les annonces puisqu'"il peut soit contester les élections, soit se satisfaire des résultats et continuer à jouer un rôle politique de tout premier ordre". "Il va poser beaucoup de problèmes de normalisation à Lula", prévient-il

Bolsonaro a eu recours à "un système ouvert de corruption"

"Cette victoire [de Lula] est serrée, mais a été arrachée avec les dents, parce que tout à été mis en place par le camp du président en place pour l'en empêcher", analyse Maud Chirio, historienne, maîtresse de conférences à l'Université Eiffel. Elle explique que Bolsonaro a utilisé "le budget secret, qui est un système de caisse noires, structurées, pour acheter la classe politique dans son ensemble dans le cadre de l'élection". Il a pioché dedans pour "mettre en place les politiques d'urgence massivement, pour arroser les églises évangéliques dans des proportions énorme". "C'est un système ouvert de corruption". Elle pointe aussi l'utilisation illégale des forces auxiliaires de l'armée, "que l'on a vu le jour de l'élection". "La police des routes, la police militaires, et une partie de l'armée, a organisé des blocages gigantesques en particulier dans les régions plutôt à gauche, pour empêcher les électeurs d'arriver sur le lieu du vote", affirme-t-elle.

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Maud Chirio poursuit sur l'importance de "la fabrication de l'opinion bolsonariste". Ce qui a joué, c'est "le fait de maintenir une partie de l'opinion dans une contre vérité, dans laquelle le président Bolsonaro a été celui qui a le plus protégé l'Amazonie de tous les présidents, où le Brésil a été l'économie la plus protégée du Covid etc", explique-t-elle. "Lorsqu'on va sur ces réseaux sociaux, ces listes Whatsapp, on a l'impression de changer d'univers, de réalité. Les données, les images, ne sont plus les mêmes ; Et ça fait qu'il y a deux Brésils qui ne se parlent plus, il y a un pays polarisé, qui ne se connaissent plus". Elle pointe le rôle de certains temples évangéliques, "particulièrement bénéficiaires sur le plan financier de Bolsonaro", qui relaient des discours "délirants, sur le fait que les adversaires sont sataniques, utilisent des enfants, mangent du chien etc."

Conseils de lecture

  • Christophe Ventura, "Géopolitique de l'Amérique Latine" (Eyrolles)
  • Maud Chirio "Mon cher Lula : lettres à un président en détention" (Anamosa)

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