Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS (à gauche) et François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).
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Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS (à gauche) et François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). ©AFP
Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS (à gauche) et François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). ©AFP
Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS (à gauche) et François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). ©AFP
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Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS et auteur de « Souveraineté industrielle » (Ed. Odile Jacob) et François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) sont les invités du Grand entretien de la matinale de France Inter.

Avec
  • François Asselin Président de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises
  • Elie Cohen Economiste, directeur de recherche au CNRS

Le Grand Entretien est ce mardi matin consacré aux conséquences économiques de l'invasion de l'Ukraine par la Russie : flambée des cours des céréales avec un record atteint lundi soir par la tonne de blé tendre, le prix des carburants au plus haut avec un baril de pétrole à 100 dollars lundi soir, la menace de nouvelles pénuries pour notre industrie ou encore le risque d'une inflation accélérée... Alors comment faire face tout en sachant que cette guerre ne sera pas sans conséquence, selon les mots d'Emmanuel Macron ce week-end au salon de l'agriculture ?

Le prix de l'énergie "est une préoccupation majeure" 

Une réunion d'urgence avec des représentant des 27 pays de l'UE a eu lieu lundi pour trouver une alternative au gaz russe. François Asselin explique que le prix de l'énergie, "est une préoccupation majeure car on voit certains de nos adhérents qui sont énergivores et lorsque votre facture d'énergie, dans certains cas, double, votre modèle économique est en train de vaciller". Le président de la CPME ajoute que "pour l'instant, nous n'avons pas à signaler de baisse d'activité mais beaucoup d'entrepreneurs se posent la question s'ils doivent continuer à produire tel qu'ils sont partis s'il n'y a pas de mesure pour amortir l'évolution exponentielle du coût de l'énergie."

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Elie Cohen estime qu'à la fois, "la hausse des prix et la logique écologique qui s'installe vont conduire à des transformations de modes de production, en même temps qu'à une hausse des prix de l'énergie, dans les coûts subis par les entreprises."

Pas de risque de rupture d'approvisionnement d'énergie

Concernant un éventuel risque de rupture d'approvisionnement dès cet hiver, l'économiste l'assure, "je ne crois pas", notamment parce que notre "degré de dépendance par rapport au gaz russe est relativement faible" et parce qu'il y a des "alternatives." Pour rappel, la France importe de Russie 20% de son gaz.

François Asselin est du même avis concernant l'énergie. En revanche, il dit craindre des pénuries de palladium mais aussi de néon, "qui vient principalement de Russie ou d'Ukraine." Elie Cohen évoque lui le titane, "qui est très important pour l'industrie aéronautique, nous dépendons très fortement de nos importations de titane et de composants en titane et si ces importations cessent, cela va avoir un impact sur les chaines de production d'Airbus."

"On découvre que la France est un aussi un très grand importateur" 

L'autre inquiétude concerne la filière alimentaire, la Russie est le premier exportateur mondial de blé, l'Ukraine est le 4ème exportateur de maïs. Cela signifie-t-il que le prix des produits alimentaires va lui aussi grimper ?

Selon Elie Cohen, "ce qui est fascinant dans cette affaire c'est qu'on découvre à l'occasion de cette crise, comme on l'avait découvert à l'occasion de la crise du Covid, notre degré de dépendance. On a beaucoup parlé de souveraineté alimentaire. On découvre que la France, que l'on croyait être un grand pays agricole et qui en particulier était autosuffisant en matière de céréales, on découvre qu'il y a céréales et céréales, il y a les céréales de panification et les céréales pour l'alimentation du bétail. Concernant les céréales d'alimentation du bétail, nous dépendons très largement de l'Ukraine et de la Russie."

"L'inflation est déjà là et ce phénomène peut s'amplifier"

Donc selon lui, la guerre en Ukraine "va avoir un impact direct, ne serait-ce que par la hausse des prix, on voit que les prix des céréales sont en train de flamber. On découvre que la France, qui était malgré tout un très grand exportateur, est aussi un très grand importateur et cela a un impact direct sur ses équilibres financiers.  Je ne crains pas de pénurie alimentaire mais l'inflation est déjà là (...) et c'est un phénomène qui peut s'amplifier".

De son côté, François Asselin affirme que "le risque inflationniste est présent et nous l'avons. Cela veut dire que les entreprises, si elles veulent s'en sortir et ne pas rogner leurs marges, devront basculer sur leur prix de ventes le prix des matières premières qui vont augmenter pour elles. Bien évidemment, derrière cela, vous allez avoir les Français qui vont vouloir voir les salaires augmenter. C'est là où l'on peut craindre une boucle inflationniste. Ceci dit, le pays a récemment vécu avec de l'inflation et on a su s'en sortir, soyons assez confiant pour savoir s'en sortir une fois de plus."

L'équipe

Jérôme Cadet
Production
Alexandra Bensaid
Production
Alexandre Gilardi
Collaboration
Juliette Hackius
Collaboration
Stéphanie Boutonnat
Collaboration