François Gemenne, chercheur, membre du GIEC et spécialiste de la géopolitique de l'environnement, le 6 mars 2020
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François Gemenne, chercheur, membre du GIEC et spécialiste de la géopolitique de l'environnement, le 6 mars 2020 ©Radio France - Nathalie Lopes
François Gemenne, chercheur, membre du GIEC et spécialiste de la géopolitique de l'environnement, le 6 mars 2020 ©Radio France - Nathalie Lopes
François Gemenne, chercheur, membre du GIEC et spécialiste de la géopolitique de l'environnement, le 6 mars 2020 ©Radio France - Nathalie Lopes
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François Gemenne, politologue à l'Université de Liège, professeur à Sciences Po Paris, auteur principal du dernier rapport du GIEC est l'invité de 8h20. Il publie ces jours-ci "L'écologie n'est pas un consensus" (Fayard).

Le conseiller politique de Yannick Jadot à la dernière présidentielle, dont il garde un très mauvais souvenir, se pose des questions que "les limites de la démocratie représentative à assumer les virages qui sont nécessaires aujourd'hui pour lutter contre le changement climatique et la préserver la biodiversité". Il dénonce "un décalage entre des disputes politiciennes qui concernent quelques députés et la réalité du monde". On a "des polémiques qui se focalisent sur des sujets symboliques et qui attirer l'attention de la presse, entretenir le débat public pendant des jours. Et les industries fossiles se frottent les mains, parce qu'avec tout ça, on oublie l'éléphant qui se trouve au centre de la pièce", insiste-t-il.

"Les conséquences du changement climatique, ce n'est pas nous qui les paieront"

"Il y a un décalage profond entre les 85% de Français qui se disent préoccupés par le changement climatique et les 31% qu'il s'agit d'une priorité politique. Ils estiment que c'est une cause, comme la faim dans le monde, mais que ça ne menace pas encore leurs intérêts", analyse le rédacteur du GIEC. "Nous savons très bien que les conséquences du changement climatique, ce n'est pas nous qui les paieront, mais ceux qui habitent les pays du sud, qui sont les plus précaires, ou les générations futures."

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"En Europe il y a un deficit de formation qui est certain", affirme-t-il. A l'ENA et Sciences Po, on leur a enseigné l'écologie "comme un sujet secondaire". "Ce n'est pas dans leur logiciel de pensée, et ils ont tendance à rester à l'écart de ce sujet'. Ils dénoncent "les postures", de "ceux qui se posent en grand prêtre ou prêtresse de la radicalité", mais que "ces dossiers n'intéressent pas fondamentalement". "C'est l'un des drames de la démocraties : on est aujourd'hui en train d'identifier des segments du marché électoral que l'on va essayer de séduire mais qui n'ont pas grand chose de sincère", insiste-t-il.

Une "dictature verte" serait "une très mauvaise idée"

Il déplore que "chaque pays est obnubilé par le fait de réduire ses propres gaz à effet de serre, alors que souvent, toute une série d'investissements qui permettraient de réduire les émissions ailleurs n'existent pas". "Le futur climatique de la France ne va pas dépendre de ce qui se décide à Paris, mais à Washington et à Pékin, mais aussi à New Dehli, Jakarta ou au Caire. Des endroits auxquels on s'intéresse très peu", alerte-t-il. Il appelle la France, forte de sa puissance économique et de son siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, à en faire plus.

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Est-ce qu'il faut une dictature verte ? "C'est une très mauvaise idée", répond-il. "Les mesures à mettre en place pour lutter contre le changement climatiques sont pérennes et il faut que la population les accepte sinon ça ne marchera pas". La population "a accepté le confinement parce qu'elle savait qu'il y allait avoir un retour à la normale".

Il plaide pour s'appuyer "sur les minorités dans la société civile". "Les grands changements dans l'Histoire sont le fait d'une minorité déterminée plutôt que d'une majorité conscientisée". "La fin de la ségrégation raciale aux Etats Unis, c'est parce que les Noirs ont su faire valoir leurs droits, trouver des alliances, s'organiser. Et c'est comme cela qu'ils ont à leur suite entrainé le reste de la population". "On ne va pas faire le changement climatique en montant un camp contre un autre, mais en se demandant comment on met en changement la société." "On attend trop des gouvernements".

Il estime que "l'action de Greta Thunberg a été nécessaire pour faire entrer la question du climat dans la démocratie, pour qu'on considère que ce n'était pas une question dans un silo". "Mais maintenant il faut passer au stade d'après et se dire 'comment on soutien les pompiers', plutôt que de gueuler 'au feu' dans la rue", ajoute-t-il.

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