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Gaspard Koenig ©AFP - ROLF VENNENBERND
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Résumé

Gaspard Koenig, philosophe, fondateur du parti politique "Simple", co-auteur de "Simplifions-nous la vie !" (Éditions de l'Observatoire) est l'invité du Grand entretien de France Inter.

avec :

Gaspard Koenig (Philosophe, enseignant à Science Po, président du think-tank GenerationLibre).

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Gasparg Koenig, romancier et essayiste, raconte dans son livre à paraître (écrit avec Nicolas Gardères), un périple de trois mois, de juin à octobre cette année, carnet de notes en main, à la rencontre des Français_._ De cette expérience, il en tire la conclusion suivante : "Mon intuition, développée lors d'un précédent voyage, quand je j'ai traversé l'année dernière la France à cheval et que j'étais hébergé chez l'habitant, c'est que les gens en ont marre des normes. Vous savez, Pompidou a dit fameusement 'arrêtez d'emmerder les Français'. La suite de la citation est intéressante : 'Laissez les vivre un peu et vous verrez que tout ira mieux'. Ce sujet, on le connaît, ça s'appelle l'inflation normative."

Cauchemar des Français

"C'est un sujet qui concerne assez peu l'élite politico-médiatique dans sa chair parce que quand on a un bon statut, qu'on a des bons amis, qu'on a un peu d'argent, on s'en sort de la complexité, voire on en profite et on la retourne à son avantage. Ce que j'ai constaté sur le terrain, c'est que les gens le soir à table, quand on ne lance pas sur un sujet en particulier, de quoi parlent-ils ? C'est quoi qui les empêchent de dormir ? Eh bien, c'est tel article du Code rural, telle descente de la police de l'eau en armes sur le territoire de la ferme, telle ou telle difficulté avec la Dréal, avec la DDT, avec ces milliers de sigles qui aujourd'hui peuplent les rêves et les cauchemars des Français. Et c'est quelque chose qui est vital pour beaucoup d'entre eux.

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Il poursuit : "Vous rencontrez des gens qui abandonnent, qui ont 50 lettres marquées "République française" non ouvertes sur le siège passager de leur utilitaire et qui vous disent 'moi, je ne peux plus, j'abandonne, je ne peux pas faire mon métier et ça'. Vous avez des gens qui renoncent, plombier chauffagiste, qui disent 'nous, on arrête avec les chaudières, c'est trop de formulaires Cerfa, on va faire des salles de bains'. C'est quelque chose qui envahit la pensée de tous les Français." Il en tire un verbe : "cerfater".

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Retrouver la confiance

Cette "inflation normative" n'est pas "uniquement une affaire de paperasse, ce n'est pas quelque chose que l'on peut résoudre simplement. C'est une véritable manière de fonctionner pour notre pays, qui reste un pays très jacobin, très vertical. Où encore une fois, l'Etat ne fait pas confiance aux citoyens. Et donc, multiplier la norme, c'est essayer d'enfoncer les gens dans ce que Max Weber appelait une 'cage d'acier' et au fond, c'est les contrôler. C'est exercer un rapport de pouvoir. Et qui pousse pour la norme ? Ce sont bien souvent les lobbies des grandes entreprises parce qu'une grande entreprise bénéficie de la norme. Elle a son département de 'compliance', la grande municipalité a son cabinet d'audit, le contribuable aisé a son avocat fiscaliste qui permet d'en tirer profit, d'éliminer la concurrence. Et ceux qui en pâtissent, ce sont les petits. C'est un rapport de pouvoir et c'est comme ça qu'il faut le prendre. C'est comme ça qu'il faut le dénoncer."

Pour Gaspard Koenig, la simplification doit devenir un projet politique et même un projet de société, "qui retourne la charge de la preuve, qui considère que le plus petit maillon de la chaîne, que ce soit l'individu, la petite entreprise, la petite collectivité, est capable de prendre les meilleures décisions pour elle-même et qui propose ensuite une méthode extrêmement radicale et au fond, beaucoup plus radicale que tous les programmes dont on entend parler aujourd'hui. Cette méthode radicale, nous empruntons à un juriste français, Portalis, parce que nous l'avons déjà fait dans notre histoire, cette simplification. Rappelez-vous que dans les cahiers de doléances à la Révolution française, la question complexité du droit féodal revient beaucoup. Les gens ne savent plus à quelle juridiction s'adresser. Et en 1804, Napoléon dit Il y a une bande de juristes dont ce Portalis. Vous allez me mettre tout ça à plat, à droit constant, c'est-à-dire qu'on ne va pas changer les droits, les obligations, la manière dont la société fonctionne. Ça donne le Code civil : 2 000 principes écrits en bon français. Et Portalis dit très bien dans son introduction au Code civil, c'est à la loi de s'adapter aux hommes et pas aux hommes, à la loi. Et il dit aussi : simplifier, c'est faire confiance. Simplifier, c'est aussi accepter l'incertitude et le risque."

Références

L'équipe

Nicolas Demorand
Nicolas Demorand
Nicolas Demorand
Production
Léa Salamé
Léa Salamé
Léa Salamé
Production
Alexandre Gilardi
Collaboration
Juliette Hackius
Collaboration
Stéphanie Boutonnat
Collaboration