François Ruffin : "Ce que fait Emmanuel Macron à ceux et celles qui ont tenu pendant le Covid, c'est brutal"

François Ruffin dans le studio 621 de France Inter
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François Ruffin dans le studio 621 de France Inter ©Radio France
François Ruffin dans le studio 621 de France Inter ©Radio France
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François Ruffin, député LFI-Nupes de la Somme, est l'invité du Grand entretien. Il revient sur la réforme des retraites et sur les journées de mobilisation déjà passées, ou celles qui sont prévues dans les jours à venir.

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Jeudi dernier, François Ruffin a vu "un dégel des cœurs, une sortie de la torpeur". "Moi qui craignais que la résignation l'emporte sur le pays. Quand je vois une aide soignante qui n'a jamais fait grève après 33 ans et qui est là parce qu'elle la polyarthrite, qu'est-ce qu'il se passe ? Il y a une sortie de la résignation, et c'est essentiel", dit-il. "Mon sentiment aujourd'hui, c'est que mardi prochain, les gens vont aller chercher leurs copains, leurs cousins, pour aller se bagarrer pour une réforme des retraites qui soit juste, mais pas ça ! Qu'ils aillent se bagarrer pour le partage, contre une obscénité".

"Il faut remettre de la décence"

L'obscénité, selon lui, c'est "qu'on a traversé la crise Covid, on a dit à tous ces gens qu'il faudrait que le pays se rappelle de ces femmes et ces hommes sur qui le pays a reposé et que nos économies récompensent si mal". Quelle a été leur récompense ? "Rien, au contraire, ce sont leurs salaires qui ont été rognés par l'inflation. Et à l'arrivée, on leur dit, deux ans de plus".

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"Je ne dis pas qu'il ne faut plus de milliardaires en France, je dis qu'il faut remettre de la décence dans tout ça" : François Ruffin appelle à "faire remettre les pieds sur terre, fiscalement et socialement" à "ceux qui se sont enrichis pendant la crise Covid et grâce à la guerre en Ukraine". "Il y a un besoin de justice dans le pays, quand le partage est aussi inéquitable" : "Il ne faut plus faire grossir le gâteau dans le pays, le plus important c'est comment on le répartit".

"Les Français veulent travailler pour reconstruire le Covid mais ils veulent de la justice"

"Comment se fait-il que dans notre pays, les piliers de la nation, l'hôpital, l'école, l'électricité, sont en train de tous craquer en même temps ?" demande-t-il. "Pendant quarante ans, on a dit qu'il fallait réduire les déficits, pendant quarante ans on a laissé faire une élite qui nous gouverne et qui nous a menés dans le mur". Et si les syndicats de l'énergie se disent prêts à bloquer la France pour faire annuler la réforme des retraites, il s'y dit favorable. "Je suis convaincu que les Français veulent travailler pour reconstruire le pays après la crise Covid (...) Maintenant, les Français veulent aussi de la justice. On doit prendre soin de notre pays aujourd'hui : notre pays réclame de la sagesse, et ce que fait Emmanuel Macron n'est pas sage. Notre pays réclame de la tendresse, et ce qu'il fait à l'égard des hommes et des femmes qui ont tenu pendant la crise covid, ce n'est pas tendre à leur égard, c'est brutal".

Si le gouvernement fait usage de l'article 47.1 de la Constitution, le travail parlementaire sera "accéléré, il y aura 15 jours d'hémicycle. Et nous ne déposerons pas 1000 amendements par député", dit-il, contrairement à ce que disait Mathilde Panot en octobre : "La guérilla parlementaire est un art, on va s'adapter aux situations".

"Le gouvernement est en train de broder"

"Le gouvernement est en train de broder" autour de la mesure principale selon lui, qui est l'ajout de deux ans à l'âge légal de départ. Parmi ces mesures figure selon lui le passage de la plus petite retraite à 1200 euros brut, soit 85% du Smic. "Il faudrait que ce soit net, ce serait plus juste, et que ça ne concerne pas qu'une minorité de gens dans le pays. Les gens qui ont été pendant un bout de leur carrière au-dessus du Smic ne pourraient pas toucher ces 1200 euros", dit-il, citant une enquête qui selon lui montre que seules 48 personnes en bénéficieraient.

"Il y a plein de choses intéressantes, mais qui ne concernent qu'une infime minorité", selon François Ruffin. Et le fait que la réforme permette d'augmenter les petites retraites revient à une augmentation de 3,5% sur les petites retraites : "Quand les patrons s'augmentent de 52% on n'en fait pas tout un plat".

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