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Antoine Garapon et Jean-Marc Sauvé. ©AFP
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Résumé

Jean-Marc Sauvé, président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (CIASE), et Antoine Garapon, membre du CIASE, sont les invités du Grand entretien de France Inter.

avec :

Antoine Garapon (Magistrat, secrétaire général de l'Institut des hautes études sur la justice, et producteur de l'émission "Esprit de justice" à France Culture), Jean-Marc Sauvé (Président de la commission d'enquête indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise, vice-président honoraire du conseil d'Etat).

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Après deux ans et demi d'enquête, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) a rendu ce mardi 5 octobre son rapport. La même journée, le Pape François a réagi à ces révélations, partageant son "immense chagrin face à l'effroyable vérité".

Pour Jean-Marc Sauvé, président de la Ciase : "la parole du pape est forte, à la hauteur de ce que nous avons découvert, c’est-à-dire des abus extrêmement nombreux alors que l'on pensait que la société française et l'Eglise catholique en France étaient un peu préservées. Nous avons fait un dénombrement qui nous conduit à un nombre très élevé : 216 000."

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Des victimes "abîmées, blessées et même détruites"

2900 à 3200 pédocriminels ont pu sévir au sein de l'Église catholique selon les conclusions de la Commission. Pour Jean Marc-Sauvé et l'ensemble des membres, la découverte du nombre a été une "véritable sidération". Il ajoute : "C_e qui était impressionnant dans les auditions de victimes, c'était de découvrir à quel point les existences pouvaient être abîmées, blessées, et même détruites par les violences sexuelles."_

Antoine Garapon : "O_n ne l'imaginait pas. Ça a été la grande surprise. On a commencé à le suspecter lorsqu'on a entendu des victimes. Ça a été le grand choc. Découvrir par des témoignages vécus."_

Des histoires radicalement différentes

Les deux membres de la Ciase notent qu'aucun témoignage n'est semblable à un autre. Jean Marc-Sauvé : "Il y a une matrice commune : l'abus d'autorité, l'abus du sacré, l'abus de la paternité. Chaque histoire est radicalement différente, mais à chaque fois, l'écoute nous a permis par exemple, dans une même ville d'entendre cinq à six personnes, raconter des histoires radicalement différentes. À un moment donné, la gorge se noue, la personne ne peut plus parler et des larmes se mettent à couler avec une très grande retenue et une très grande dignité."

Sur le sentiment de honte chez les victimes, toutes ces années après, Antoine Garapon ne l'explique pas : "une victime m'a dit quelque chose que je trouve très convainquant : 'comme si le prêtre avait transféré sa culpabilité et sa honte sur moi, qui était paradoxalement la victime'. C'est une sorte de transfert mystérieux."

Le rapprochement entre ces agressions et l'inceste

"L'inceste se déroule dans un contexte familial avec la figure et la responsabilité du père très souvent. Dans l'Église catholique, il y a une mécanique qui n'est pas très différente. C'est le père. Quelqu'un qui porte l'image du père et qui abuse en réalité de cette autorité et du symbole du père", explique le président de la Commission.

Face à l'ampleur des révélations, Jean-Marc Sauvé voit une contradiction avec l'essence même de l'Eglise catholique : "Quand on rentre dans la matière, on sait bien que l'on va découvrir une face sombre, cachée d'une institution. Mais à ce point-là, c'est impensable. L'Eglise catholique, c'est une entreprise de salut. Elle a porté par un certains nombres de ministres dévoyés, une œuvre de mort. Il y a une contradiction absolue entre le message porté, la morale, et ce qu'on voit. Et cette contradiction-là au cœur de l'Église catholique, elle est bien pire que dans tout autre environnement social."

Sur la vie des prêtres

Antoine Garapon : "Ce qu'on a découvert aussi, c'est la grande misère et solitude affective des prêtres. Il faut plus s'occuper d'eux. Il n'y a pas que des pervers. Il y a aussi des gens qui ont une vie ingrate. Et ce n'est pas parce qu'ils sont au milieu de tout le monde qu'ils sont nécessairement soutenus. Une des recommandations que nous formulons, c'est de plus s'occuper des prêtres, de leur condition affective. La sexualité est une dimension de l'homme, y compris des prêtres."

Jean-Marc Sauvé prend soin de préciser : "Le célibat par lui-même n'est pas la cause de ce qui s'est passé : on a plutôt l'intuition que dans un certain nombre de cas, des prédateurs ont opté pour cet état de vie, pour cette condition, afin d'accéder aux enfants".

Références

L'équipe

Nicolas Demorand
Nicolas Demorand
Nicolas Demorand
Production
Léa Salamé
Léa Salamé
Léa Salamé
Production
Alexandre Gilardi
Collaboration
Juliette Hackius
Collaboration
Stéphanie Boutonnat
Collaboration