Brice Teinturier : "Il y a une difficulté pour les Français à rentrer dans cette campagne"

Brice Teinturier (à gauche), Raphaël Llorca (au milieu) et Pierre-Henri Tavoillot (à droite)
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Brice Teinturier (à gauche), Raphaël Llorca (au milieu) et Pierre-Henri Tavoillot (à droite) ©AFP - Capture d'écran France Inter
Brice Teinturier (à gauche), Raphaël Llorca (au milieu) et Pierre-Henri Tavoillot (à droite) ©AFP - Capture d'écran France Inter
Brice Teinturier (à gauche), Raphaël Llorca (au milieu) et Pierre-Henri Tavoillot (à droite) ©AFP - Capture d'écran France Inter
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Pierre-Henri Tavoillot, philosophe à Sorbonne Université, président du collège de philosophie, Brice Teinturier, politologue, directeur général délégué de l'Institut de sondage IPSOS et Raphaël Llorca, communicant, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, sont les invités du Grand entretien.

Avec
  • Pierre-Henri Tavoillot maître de conférences à Sorbonne Université, président du Collège de philosophie
  • Raphael Llorca Communicant chez Havas, expert associé à la fondation Jean-Jaurès
  • Brice Teinturier Politologue et directeur général délégué d’Ipsos France

"Il n'y a pas de cristallisation, c'est clair" de la campagne présidentielle, et "il ne peut pas y avoir de cristallisation tant que le système de candidature n'est pas totalement calé", affirme Brice Teinturier. 

Nous sommes toujours en attente de la candidature d'Emmanuel Macron

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Des "visions faibles" de la part des candidats

Ce qui nous remonte dans des études qualitatives, c'est le manque de clarté de cette campagne pour les Français. "Les visions sont faibles", les gens ont l'impression d'avoir "un catalogue de mesures". Il ajoute que "le clivage gauche-droite qui permettait de créer des repères, s'est affaibli."

Il y a une difficulté pour les Français à rentrer dans cette campagne

Il parle d'un "espace délibératif commun très abimé. Une extrême fragmentation des Français où chacun est dans son couloir."

"Toutes les campagnes déçoivent"

"Prenons un petit peu de recul, toutes les campagnes déçoivent", relativise Pierre-Henri Tavoillot, philosophe à Sorbonne Université. Selon lui, durant la campagne de 2017, les péripéties étaient "passionnantes", mais "la déception sur les idées était la même."

Il parle d'une démonétisation du vote : "a_ujourd'hui un citoyen considère qu'on est beaucoup plus actif en faisant autre chose que voter._"

"Je crois que cette campagne est le lieu d'une sécession avec le réel", estime de son côté Raphaël Llorca, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès. "Il y a des thèmes qui sont surreprésentés dans le débat public : l'identité, l'immigration. Et d'autres thèmes très importants dans les préoccupations des Français, comme l'environnement, l'avenir du système de santé, qui sont complètement absents."

On a des campagnes en bulle, on a des candidats qui parlent d'écologie, mais ils n'arrivent pas à infléchir sur ce débat.

"On peut avoir le sentiment" que l'extrême droite "explose", mais "la réalité est plus nuancée"

"Je pense qu'il y a une visibilité accrue de l'extrême-droite", affirme Brice Teinturier. "Mais quand vous regardez d'autres indicateurs, "11% de français se situent sur les cases les plus extrêmes à droite, 9 et 10. C'était la même chose il y a deux ans, bien avant la percée d'Eric Zemmour." 

On peut avoir le sentiment que tout cela explose, mais la réalité est plus nuancée

"Les électeurs d'Eric Zemmour vous disent à 87% que la crise fondamentale c'est la crise identitaire. Chez Marine Le Pen ils se partagent en deux blocs : la crise identitaire et la question du pouvoir d'achat."

"Nous vivons l'explosion de communautés ponctuelles, qui se rassemblent autour d'un thème commun", poursuit Brice Teinturier. "C'est tout à fait différent de ce qu'on avait avec les partis politiques et la démocratie traditionnelle."

"Aujourd'hui, ce qui prédomine, c'est la fatigue"

"Les deux précédentes campagnes étaient plutôt sur un registre de dégagisme, d'insatisfaction, aujourd'hui ce qui prédomine c'est la fatigue", estime Raphael Llorca. 

Pour Pierre-Henri Tavoillot, philosophe à Sorbonne Université : "jamais les citoyens n'ont été aussi bien représentés qu'aujourd'hui, les politiques sont ultra-attentifs". Mais selon lui, "le vrai problème c'est l'impuissance publique, le fait qu'on va élire des gens qui ne sauront pas quoi faire ni comment le faire."

Y aura-t-il une campagne présidentielle ?

"Je pense qu'il y aura une campagne, et qu'il y aura un débat derrière. L'enjeu est de savoir si nous aurons (...) une thématique centrale qui finira par s'imposer comme celle de cette élection présidentielle", analyse Brice Teinturier. 

"Les élus, on adore les détester", selon Pierre-Henri Tavoillot, mais "il faut toujours garder en tête que nous en avons besoin.

"Il y a un rapport au politique qui a changé" conclut Raphael Llorca, "l'intérêt pour la politique n'est plus un dû. Le soir, c'est est-ce qu'on se branche devant le débat politique sur France 2 ou est-ce qu'on lance une série Netflix."

Il y a un détournement des Français de la politique traditionnelle

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