Hervé Le Bras
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Hervé Le Bras ©AFP - Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP
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Hervé Le Bras, démographe et historien, directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes études (EHESS), auteur de « Le grand enfumage. Populisme et immigration dans sept pays européens » ( l’Aube-Fondation Jean Jaurès), est l'invité du Grand entretien.

Avec
  • Hervé Le Bras Démographe, historien, directeur d'études à l'EHESS et chercheur émérite à l'INED, titulaire de la chaire territoire et population à la Fondation Maison des sciences de l’homme, il réalise une chronique pour le mensuel Zadig, "La France à la carte"

L'immigration joue pour le populisme le rôle de la race pour le nazisme et de la classe pour le communisme selon l'essai d' Hervé Le Bras. Pour lui, un socle idéologique se cristallise désormais, sur la notion controversée de "grand remplacement" de la population européenne par une population immigrée non européenne. L'immigration devient la cause de tous les problèmes dans certains discours politiques. Dans les discours d'extrême droite, on lui impute la vie chère, le chômage et la criminalité. "C'est le mode d'explication de tout ce qui va mal" explique Hervé Le Bras.

"Quand le thème de l'immigration est inscrit dans la tête des électeurs, il sert de mode d'explication à tout ce qui va mal. Ca s'inscrit comme vision du monde, et il est très difficile de lutter contre cela."

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Quant au grand remplacement en France, "ça je le montre, c'est totalement impossible, il ne peut pas avoir lieu" explique Hervé Le Bras. D'une année à l'autre, le nombre d'immigrés supplémentaires est de 109.000 en 2019. "Avant que ces 109 ou même 150.000 annuels si on veut, en se répétant chaque année, deviennent majoritaires, c'est complètement irrationnel, il n'y a aucune possibilité que cela se produise".

En France, la migration actuelle est faite de 20% de personnes peu éduquées, et l'autre bloc, plus important est un bloc qui a fait beaucoup d'études.

En France, dans les communes, et dans les autres pays européens, comme en Espagne par exemple dans les commarques, qui sont de grands cantons, "la carte des votes d’extrême droite et la carte de la présence des immigrés ne correspondent pas. Au niveau local, dans tous les pays d'Europe, la carte des votes populistes de droite et d'extrême-droite et celle de l'immigration ne se superposent pas. C’est important parce que cela va à l’inverse des discours". 

Le rejet de l’immigration est dans la tête, il n’est pas sur le terrain. 

Selon les régions en France, l'évolution du vote populiste est aussi lié à la géographie, et aux modes de sociabilité selon les régions. L'Alsace vote RN et la Bretagne, c'est la différence "entre pays de champs ouverts, et de pays de bocages". Dans l'est les populations étaient plus dense, et au contraire dans l'ouest l'enjeu était de rejoindre les autres. Le Bras met aussi en avant l'enjeu de l'ascension sociale dans les évolutions des votes. 

"Dans l'ouest et le sud ouest, les enfants d'agriculteurs sont devenus ouvriers puis cadres, puis employés, assez récemment. Alors que dans le nord-est, cela remonte à près d'un siècle."

Les grandes villes ne votent pas de la même façons que les régions qui sont séduites par les populistes d'extrême-droite. "Plus une ville est importante moins on vote pour le parti populiste de droite" explique Hervé Le Bras. 

L'adhésion au mouvement des Gilets jaunes ne correspond pas au vote d'extrême-droite, selon le sociologue. "On voit apparaitre une France particulière, qu'on appelle la diagonale du vide, c'est un couloir qui va des Ardennes au sud du Cantal, une France qui se dépeuple, et qui perd ses services".

L'équipe

Jérôme Cadet
Production