M. Maeso
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Marylin Maeso, agrégée et professeure de philosophie, auteure de "La petite fabrique de l'inhumain" aux éditions de l'Observatoire est l'invitée du grand entretien de la matinale.

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Dans son livre “La fabrique de l'inhumain”, Marylin Maeso part du texte “La Peste” d’Albert Camus et fait un parallèle avec notre époque. Dans “La peste”, les habitants ne veulent pas voir l'avancée de l’épidémie, exactement comme nous l’avons fait face à l’irruption du covid-19 selon elle, face à l’avancée de l’islamisme radical ou des violences et agressions sexuelles. Cela aboutit, selon la philosophe, à “l'inhumain” dans notre société. L’inhumain qui n’est pas seulement dans les guerres et les attentats, mais “d’abord dans le quotidien”. 

Ce que la peste m’a aidé à formuler c’est que ces grandes manifestations de l'inhumain ne tombent pas du ciel. Avant de se mettre à massacrer des millions de personnes, on prépare la population à normaliser une situation qui auparavant pourrait paraître anormale". 

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Les dangers de l’habitude

L’habitude c’est à la fois ce qui est confortable, ce qui nous rassure, et en même temps ce qui peut nous amener à nous endormir. Quelque chose qui est habituel, répété dans les médias, on finit par s’y habituer et ne plus voir son caractère délétère”, poursuit Marylin Maeso. “L’inhumain ça n’est pas une réalité extérieure à l’humain et qui serait réservée aux monstres.

Selon la philosophe, parmi les éléments qui permettent à la “Peste” de se reproduire aujourd’hui, dans notre société contemporaine : “le développement des réseaux sociaux”, “les médias qui ont changé de format", “l'information en continu” et la place des “polémistes” sur les plateaux. “Ils donnent un visage nouveau et en même temps assez vieux et connu à l’inhumain”, décrypte-t-elle.

L’exemple de Samuel Paty 

Plusieurs exemples sont détaillés dans le livre, dont l’attentat de Charlie Hebdo, le harcèlement de la jeunesse lycéenne Mila et l’assassinat de Samuel Paty.

"Tout le monde dira que c’était imprévisible ce qui allait arriver. En revanche, il y avait des signes assez visibles qui ont été ignorés. Le fait que son assassin ait cherché pendant un mois une victime sur les réseaux sociaux. Il a été signalé par des internautes, par sa famille. Rien n’a été fait pour le surveiller.

Elle compare cette situation à celle de la Peste. “Dans la Peste, on voit les rats, on ne prétend pas qu'ils ne sont pas là. Mais on pense que ça n’arrive qu’aux autres, que la peste est une maladie du passé.

Selon elle, après les attentats de Charlie Hebdo, il n’y a pas eu une réaction massive de la société civile pour contrer les discours sur “l’islamisme radical.” “Il y en a (...) mais il y a des situations locales et individuelles où on va éviter de faire des vagues. Par exemple dans un établissement scolaire”, en référence à l’affaire Paty. 

Elle dénonce l’attitude d’une frange de la gauche contemporaine, qui selon elle, fait preuve d’un “aveuglement choisi” pour ne pas “accabler un groupe déjà opprimé et fantasme de l’extrême droite”.

La difficulté de nommer le mal 

Interrogée sur le rapport Sauvé dans l’Église catholique, elle déclare “q_ue c’est peut être l’exemple le plus tragique_”, de cette incapacité à nommer le mal, pour éviter qu’il existe

A partir du moment où on utilise les mots justes, pédo-criminalité, viols sur enfants, ça implique des réactions fortes dans l’Église, un bouleversement. Une remise en question si fondamentale que la solution la plus simple c’est de regarder ailleurs.

Faut-il débattre avec Eric Zemmour ? 

Non", selon la philosophe, qui soutient ses propos tenus dans l’Express. “Il ne donne pas les moyens de débattre avec lui. Le débat implique a minima le partage d’un monde en commun et la reconnaissance d’une réalité sur laquelle on peut avoir des interprétations divergentes. Mais il faut qu’au moins cette réalité des faits soit reconnue.

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