vidéo
Chantal Arens et Francois Molins en 2019 ©AFP - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
Publicité
Résumé

Chantal Arens, première présidente de la Cour de cassation, et François Molins, procureur général près la Cour de cassation, sont les invités du Grand entretien de France Inter.

avec :

Chantal Arens (première présidente de la Cour de Cassation), François Molins (procureur général près la Cour de Cassation).

En savoir plus

Emmanuel Macron a annoncé le lancement d'États-généraux de la Justice 

Chantal Arens explique que les magistrats, représentés par le Conseil supérieur de la magistrature sont "particulièrement inquiets des mises en cause incessantes de la justice". Cette inquiétude a été soulignée lors d'une rencontre avec le président de la République : "Nous avons évoqué les causes profondes du mal-être de la justice. Quand la justice va mal c’est toute la société qui ne va pas bien".

Pour François Molins, "il ne faut pas que ce soit le Beauvau de la sécurité, la réussite dépendra beaucoup de la façon dont ça va se dérouler. Le problème de la justice est plus profond et structurel. Il y a des problème d’organisation, de moyens et d'inflation législative, mais c’est aussi la place et le rôle que la société veut faire de sa justice". 

Publicité

Il faut remettre la justice au cœur de la chaîne et de la société

Pendant le confinement, les juridictions ont été fermées à cause des systèmes d’informations qui ne pouvaient été consultés à distance. Pour Chantal Arens, "on n’a jamais parlé de la justice à part des détenues libérés, or sans justice il y a un pb existentiel qui se pose au sein de l’état."

Pour répondre au manque de confiance des Français envers la justice, François Molins estime que "depuis 20 ou 30 une inquiétude monte au sein de la société, la justice est complexe, le regard porté sur nous a été modifié par le rôle des médias". "Ce n’est pas la faute des médias mais le rôle des médias est tel qu’il faut faire d’avantage de pédagogie" poursuit-il. 

Manifestation de soutien aux policiers, Molins et Arens choqués

Après les débats sur la mise en cause du "laxisme" de la justice par les policiers, François Molins ne se reconnait pas dans la discorde entre police et justice, car, pour lui, sur le terrain, "les procureurs et la police judiciaire travaillent très bien. Ils ont un objectif commun, prévenir la récidive et faire reculer la délinquance. Je n’ai pas vécu durant ma carrière dans ce dialogue qui oppose justice et police"

On n’aurait jamais dû en arriver là. 

Faisant référence à la manifestation de soutien aux policiers le 19 mai dernier, François Molins "comprend" que les hommes politiques "aillent manifester pour soutenir les policiers parce qu’ils sont l’objet d’attaques et d’agressions intolérables, autant je ne peux pas comprendre, que des hommes et des femmes politiques s’associent  à des manifestations où on remet en cause la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, et le rôle du juge dans la personnalisation,. que veut -on ? des juges humains ou des robots ? 

"Moi aussi j’ai été choquée" ajoute Chantal Arens. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

La société est-elle plus violente qu'il y a 10 ou 20 ans ? "Bien sûr" répond François Mollens, "j'ai vécu cela en Seine-Saint-Denis et à Paris, il y a plus de violence qu'avant, dirigée souvent contre les personnes plus vulnérables, souvent les personnes âgées ou les femmes, avec une influence croissante de la drogue, et de l'alcool. Et un trafic de stupéfiant qui vient pourrir beaucoup de choses. C'est indéniable". 

Chantal Arens explique qu'"il y a une trentaine d'années, les prévenus étaient entre guillemets assez respectueux pour la justice, actuellement ça a beaucoup changé, il y a des incidents d'audience qui peuvent être assez importants. On voit une sorte de crispation de la société, l'objectif ce serait qu'on arrive à une justice plus pacifiée". 

Selon la magistrate, "Il n'y a jamais eu autant de détenus dans les prisons. On parle de taux d'occupation de 150-160%. Il faut aménager les peines ET construire des places". 

Interrogée sur le procès du meurtre de Sarah Halimi, et sur le jugement rendu à l'égard du meurtrier, qui a pris en compte l'abolition de son discernement : "Il n'y a aucune contradiction entre antisémitisme et irresponsabilité, c'est deux stades différents."

Elle estime toutefois "qu'il y a un travail à faire sur les expertises psychiatriques sur lesquelles reposent la question de l’irresponsabilité". 

Références

L'équipe

Nicolas Demorand
Nicolas Demorand
Nicolas Demorand
Production
Léa Salamé
Léa Salamé
Léa Salamé
Production
Nicolas Demorand
Nicolas Demorand
Léa Salamé
Léa Salamé