Rupert Murdoch, 2015. (Getty Images/Taylor Hill)
Rupert Murdoch, 2015. (Getty Images/Taylor Hill) ©Getty
Rupert Murdoch, 2015. (Getty Images/Taylor Hill) ©Getty
Rupert Murdoch, 2015. (Getty Images/Taylor Hill) ©Getty
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Qui est Rupert Murdoch, ce milliardaire australien à la tête d'un véritable empire médiatique ? L'historien David Colon s'est penché sur ce personnage complexe qui détient une grande partie des entreprises de presse anglo-saxonnes.

À 91 ans, Rupert Murdoch reste l'un des hommes les plus puissants de cette planète. Son empire médiatique couvre quatre continents et rassemble journaux (The Sun, The Times, The Wall Street Journal...), chaînes de télévision (Fox News, Sky, Star...) et studios de cinéma (Fox...).

L'historien David Colon consacre une biographie à cet influent milliardaire : "Rupert Murdoch - L'empereur des médias qui manipule le monde", chez Tallandier.

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Extraits de l'entretien

Qui est le magnat des médias ?

L’historien David Colon raconte : « Le père de Rupert Murdoch était un dirigeant médiatique important, un journaliste australien très célèbre qui, à sa mort, a légué un tout petit journal d'Adélaïde (Australie) et davantage de dettes que de liquidités ! De sorte que Rupert Murdoch a dû construire lui-même son empire. Il est devenu l'un des plus grands barons du village planétaire, propriétaire de médias innombrables sur quatre continents. »

La murdochisation de la presse

Comment Rupert Murdoch prend-il le contrôle des médias, et des grands mouvements géostratégiques mondiaux ? Selon David Colon : « De ses mentors, Rupert Murdoch a appris que pour qu’un journal soit un bon organe de propagande, il doit d'abord gagner de l'argent. Et pour cela, il le fait baisser en gamme, et le destine aux classes populaires. Le magnat fait disparaître les enquêtes, et la politique pour se concentrer sur les faits divers, les scandales, le sexe, le sport, la télévision, la célébrité… Il réussit ainsi à transformer certains médias très déficitaires en organes bénéficiaires.

Ensuite, il a instauré un système de gouvernance au sein de son entreprise qui fait de lui le chef absolu. Il ne craint ni une OPA, ni son conseil d'administration, ni ses rédacteurs en chef, qui sont interchangeables. De sorte que les journalistes de Murdoch intériorisent les attentes de leurs patrons. L'un des anciens rédacteurs en chef du Times disait qu'il en était réduit à voir le monde à travers les yeux de Rupert Murdoch. Il se levait le matin en se demandant ce qu'il allait fournir aux lecteurs qui conviendrait à son patron. »

La télé pour peser dans le débat

Rupert Murdoch vit aux Etats-Unis depuis 1973. Il a réalisé que là-bas, la presse écrite n'a pas le même poids que la télévision. Il a racheté un studio, le studio Fox, mais il ne dispose pas d'une chaîne d'information. Il n'est pas en capacité de peser sur le débat politique et sur les dirigeants politiques. David Colon raconte : « Il est endetté, mais trouve les moyens, dans les années 1990, de se lancer dans une nouvelle grande opération, la création de Fox News. Pour cela, il recrute un maître de la manipulation : Roger Hells qui conçoit une chaîne à destination des Américains qui ne se reconnaissent pas dans les médias tels que CNN. Dans l'esprit de Rupert Murdoch, cette chaîne libérale dirigée par Ted Turner est l'ennemi à abattre. S’ensuit une bataille à coups de petites phrases assassines entre les deux hommes. Fox News devient un outil puissant qui permet au magnat de peser sur la politique étrangère des Etats-Unis, et de priver d'antenne les conservateurs hostiles à la guerre en Irak, par exemple. »

Un scandale planétaire révélateur des méthodes Murdoch

News of the World est ce tabloïd soupçonné d'avoir pratiqué des écoutes à grande échelle. Rupert Murdoch l'a racheté en 1968. En juillet 2011, il tire à 6 millions. La presse écrite en Grande-Bretagne est d'une puissance phénoménale, ce qui lui confère à lui du pouvoir. David Colon : « Ce scandale révèle l'ampleur des méthodes de Murdoch. Tous les coups sont permis pour obtenir des informations, comme payer la police, enregistrer des conversations… Les journalistes de Murdoch ont par exemple espionné la famille royale, des stars de cinéma… Il qualifie de jour le plus humble de sa vie, celui où il a dû témoigner devant une commission d'enquête. »

Un empire conservateur, voire réactionnaire

L’historien de la propagande analyse : « Au départ, Murdoch est libertarien. Il considère que l'Etat n'a pas à se mêler de quoi que ce soit. Il est hostile à toute forme de régulation. Il a combattu et bien souvent annihilé toute limite à la concentration des médias au pouvoir et à la puissance des patrons de presse comme lui. Il a des convictions politiques extraordinairement conservatrices. Il les masque, parce que la priorité est la rentabilité de ses médias. Il lui est arrivé d'avoir des médias de gauche et de les laisser s'exprimer librement, pourvu qu'ils aient leur public. Mais avec Fox News, il a réussi à faire basculer un électorat traditionnellement démocrate dans le camp républicain et à rendre Fox News incontournable jusqu'à aujourd'hui dans la vie politique américaine. »

Donald Trump et Rupert Murdoch

On pensait Trump et Murdoch inséparables. C'est beaucoup plus compliqué que ça. Trump est en partie la créature de Murdoch. Celui-ci a construit, bâti de toute pièce sa notoriété dans les pages de son quotidien, le New York Post. Le sujet Donald Trump faisait vendre, de sorte que Rupert Murdoch a toujours encouragé la présence de Donald Trump à la une de ses journaux.

David Colon : « Pour Trump, Murdoch a toujours été un modèle. Murdoch va exploiter cette admiration. Elle va lui servir à manipuler le président des Etats-Unis pendant toute la durée de son mandat. Murdoch avait quelque chose de rare, un accès direct et permanent à l'oreille du président, qui restait des heures par jour devant Fox News ! À la Maison-Blanche, les gens étaient conscients de ce que le président des Etats-Unis était influençable. Et Steve Banon, ennemi de Murdoch, a lui aussi essayé d'exercer une influence sur Donald Trump. Il y est parvenu parfois, mais il a avoué que rien ne surpassait l'influence de Rupert Murdoch. »

La suite est à écouter...

L'équipe

Sonia Devillers
Sonia Devillers
Sonia Devillers
Production
Redwane Telha
Production déléguée
Lucie Lemarchand
Réalisation
Grégoire Nicolet
Collaboration