Extrait de "Mauvaises Filles"
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Extrait de "Mauvaises Filles" - Arizona Distribution
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Le 23 novembre sort en salles "Mauvaises filles", un documentaire qui raconte l'histoire de femmes qui ont été placées en maison de correction à l'adolescence. Émérance Dubas, la réalisatrice, et Fabienne Bichet, qui fut elle-même placée, sont nos invitées.

Émérance Dubas signe un documentaire poignant qui va sortir le 30 novembre en salles, qui s'appelle Mauvaises filles, dans lequel elle montre une adolescence sous contrôle. Elle a recueilli les témoignages de quatre anciennes pensionnaires du Bon-Pasteur. Ce sont les portraits croisés de quatre femmes qui ne se connaissent pas et qui partagent une histoire commune, celle d'avoir été placées en maison de correction, où elles ont subi des sévices.

Le Bon-Pasteur est une institution créée au milieu du XIXᵉ siècle, qui se donne pour mission d'accueillir les filles perdues, les filles mères, les mauvaises filles. Après la guerre, il y a l'ordonnance du 2 février 1945 et se crée la Magistrature pour la jeunesse et l'éducation surveillée, qui va être détachée des établissements pénitenciers et donc juridiquement, c'est une avancée. Mais l'application de la loi va être différente pour les filles et les garçons. Les "mauvais garçons", entre guillemets, partent dans des internats publics alors que les "mauvaises filles", entre guillemets, partent dans des congrégations religieuses. L'État s'appuie sur un réseau qui existe depuis le XIXᵉ siècle : le Bon-Pasteur. Cela durera jusque dans les années 1970.

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Ce sont alors des petites filles privées de famille, des jeunes filles affamées, battues, humiliées, sous-éduquées. La justice française et l’assistance pensaient bien faire pourtant, car ces foyers étaient tenus par des bonnes sœurs censées veiller au redressement des mœurs, au nom de l’ordre et de la morale, mais le quotidien y est terrible.

Des témoignages glaçants des anciennes pensionnaires

Ce sont des récits façon Dickens, d'un autre temps, avec des brimades physiques, des sévices, des humiliations perpétuelles.

Fabienne Bichet parle de la violence physique qu'elle a subie à cette période : "Les punitions étaient souvent collectives, parce que personne ne dénonçait personne, il y avait quand même une solidarité avec les filles. On avait un passé souvent commun. On s'est retrouvées là quand même parce que la plupart d'entre nous avaient été victimes d'inceste. C'était soi-disant pour nous protéger. On nous confie à des religieuses pour qui le corps est à bannir. Le corps, c'est le péché. C'est-à-dire qu'on passe d'un extrême à l'autre, du corps-objet à la merci de qui veut s'en servir, parce qu'on n'a pas les moyens de se défendre, à l'État qui nous envoie chez des religieuses pour qui le corps est le péché."

Elle raconte l'horreur de ces pensionnats gérés par le Bon-Pasteur : "On nous fouette, on nous bat. On nous fait faire du ménage à genoux alors que quand même le balai existait à cette époque-là. Pourquoi nous faire faire le ménage à genoux, frotter au chiffon par terre ? Pour nous épuiser."

Elle parle aussi de sa sortie à 18 ans, car dès que les sœurs ne recevaient plus de chèques de l'État, la jeune fille était mise dehors, sans préambule et sans argent : "À l'époque, on est en 1974, il n'y a pas les téléphones portables, donc on sort vraiment seule. Et quand tu te retrouves dehors sur le trottoir avec rien, tu te dis : 'ce soir, il faut que je mange.' Donc on est dans l'instinct de vie. Mais le problème, c'est que ces établissements là sont surveillés par les réseaux de la prostitution parce que ce sont des filles sans protection qui sortent. Donc je suis sortie, j'ai fait le porte à porte de tous les petits restos autour, donc j'ai trouvé un petit resto ouvrier avec un papi bienveillant qui m'a engagée pour faire le service et qui m'a donné le gîte et le couvert. On aurait pu penser que ça y est, j'étais sortie d'affaire et que tout allait bien. Mais non, comme il y a des réseaux de prostitution qui surveillent, on est vite rattrapées, et ce n'est pas écrit sur leur front. Donc il y a un jeune garçon qui vous aborde. Et comme j'ai toujours grandi en dortoir de 40 filles où je n'ai jamais été une personne en tant que telle, le premier garçon qui s'intéressait à moi, j'étais prête à donner beaucoup pour lui. Mais ce garçon, il n'avait pas envie de recevoir ce beaucoup. Il avait envie de m'utiliser."

Des secrets terribles révélés

Parmi les témoignages qu'Émérance Dubas a recueillis, il y a des femmes qui aujourd'hui veulent savoir et veulent comprendre. Donc, elles demandent à la congrégation, qui existe toujours, leur dossier. Elles veulent être face à ce passé. C'est le cas d’Évelyne dans le film. Face à la caméra, elle découvre que ses parents voulaient la voir, lui envoyaient des vêtements, que sa mère avait aussi demandé à la récupérer et que c'est l'institution qui a fait barrage. Émérance Dubas raconte : "Elle a découvert la pierre angulaire de son histoire, c'est que ses parents l'aimaient et elle était convaincue du contraire. Elle pensait que ses parents l'avaient abandonnée. Elle découvre que ses parents l'aimaient à 74 ans. Et c'est vrai que c'était très fréquent, que les courriers n'étaient pas transmis et parfois c'était aussi un objet de punition. Vous avez un courrier, mais on ne va pas vous le donner."

🎧 L'émission est à écouter dans son intégralité...

54 min

L'équipe

Sonia Devillers
Sonia Devillers
Sonia Devillers
Production
Redwane Telha
Production déléguée
Lucie Lemarchand
Réalisation
Grégoire Nicolet
Collaboration