Le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël est entré en vigueur après dix jours de conflit. ©AFP - Mohamed Abed
Le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël est entré en vigueur après dix jours de conflit. ©AFP - Mohamed Abed
Le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël est entré en vigueur après dix jours de conflit. ©AFP - Mohamed Abed
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Résumé

Charles Enderlin, ancien correspondant à Jérusalem de France 2 de 1981 à 2015, et Frédéric Métézeau, actuel correspondant de Radio France sur place, sont les invités de Pierre Weill et Patricia Martin.

avec :

Frédéric Métézeau (Journaliste), Charles Enderlin (écrivain, journaliste, ancien correspondant de France 2 à Jérusalem).

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Alors que le Hamas et le gouvernement israélien revendiquent tous deux une victoire à la fin de leur dernière escalade meurtrière, Charles Enderlin assure que la victoire n'est "d'aucun des deux côtés". "Nous assistons à un arrêt des combats, mais il faut maintenant négocier par l'intermédiaire des Égyptiens un véritable accord de cessez-le-feu, et ensuite un second accord vers la reconstruction et un nouveau régime entre Israël, Gaza et le Hamas. Ça, c'est encore à faire. Et un incident peut tout déclencher à nouveau."

"Le Hamas a prouvé qu'il n'est plus seulement un groupe terroriste"

Selon Frédéric Métézeau, présent sur place à Gaza, "le Hamas a voulu matérialiser sa victoire revendiquée par un défilé militaire. Ils ont leurs armes, leurs lance-roquettes, ils paradent. C'est vrai que le Hamas a pu tirer près de 4.000 roquettes vers Israël, de façon plus rapide, plus intense et plus loin. Il a réussi à faire peur aux Israélien, même s'il n'a pas réussi à saturer réellement le bouclier anti-missiles. Mais il a prouvé qu'il n'est plus seulement un groupe terroriste : c'est une quasi armée. Un analyste israélien compare même le Hamas à un quasi-État à Gaza."

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"Je ne pense pas que les pertes civiles soient un réel problème pour les dirigeants du Hamas, quand il y a des victimes ils parlent de martyrs", précise Frédéric Métézeau. "Ils estiment que quelqu'un mort sous les bombes israéliennes a été tué au combat. Il faut voir la lutte menée contre Israël comme une lutte contre le Fatah, le parti de Mahmoud Abbas qui dirige l'Autorité palestinienne en Cisjordanie. Le Hamas veut montrer que c'est lui le vrai résistant parmi les Palestiniens, qu'il ne coopère pas avec Israël. C'est une conquête pour les cœurs et les esprits des Palestiniens."

"L'immeuble des Frères musulmans à Gaza a été construit avec l'aide de l'armée israélienne"

Charles Enderlin complète : "Fondamentalement, l'objectif du Hamas c'est lutter contre l'existence de l'État d'Israël en terre d'Islam. Maintenant, il y a une longue évolution : j'ai connu les débuts du mouvement islamique à Gaza, et dans les années 70/80, il y avait encore un cinéma sur place et on pouvait encore boire de la bière. Progressivement, le mouvement islamique a pris le contrôle de toutes les mosquées de Gaza, et les Israéliens l'ont d'ailleurs favorisé : l'immeuble des Frères musulmans à Gaza a été construit avec l'aide de l'armée israélienne ! Ce n'est qu'en 88, avec la première Intifada, qu'est née la branche militaire et terroriste du Hamas."

Que pense l'opinion publique du Hamas ? "C'est compliqué de faire parler une opinion publique à Gaza", regrette Frédéric Métézeau. "Ce qui est intéressant, c'est que le Hamas a mis sur la table la question de Jérusalem Est, occupée par Israël. Pour essayer de gagner l'opinion publique palestinienne, le Hamas s'est présenté comme 'le champion de Jérusalem'. Je ne pense pas que le Hamas devienne plus populaire ou devienne le parti préféré des Palestiniens de nationalité israélienne, de Cisjordanie voire de Gaza, mais on a vu depuis 12 jours des Palestiniens géographiquement éclatés, même au Liban ou en Jordanie, dire : 'nous sommes tous Palestiniens, et nous sommes tous tournés vers Jérusalem'. Il y a eu une union des Palestiniens."

Références

L'équipe

Pierre Weill
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