Eric Fottorino : "On ne trouve pas de solution à la crise migratoire car on ne veut pas les trouver"

Eric Fottorino, journaliste et écrivain
Eric Fottorino, journaliste et écrivain ©AFP - Joël Saget
Eric Fottorino, journaliste et écrivain ©AFP - Joël Saget
Eric Fottorino, journaliste et écrivain ©AFP - Joël Saget
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Le journaliste et écrivain et l'invité d'Eric Delvaux et Carine Bécard pour la parution de sa nouvelle “La pêche du jour” dans l'hebdomadaire "Le 1". Elle revient avec cynisme sur la crise migratoire actuelle.

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C'est une fable violente et dérangeante sur la crise migratoire actuelle. Cette nouvelle, du journaliste et écrivain Eric Fottorino, permet au lecteur de suivre un moment de vie d'un pêcheur de migrants, entre les ilots de la mer Egée. Des hommes, des femmes, des enfants morts d'épuisement en tentant de quitter leur pays pour un avenir meilleur. 

"Cette nouvelle est née vraiment d'une sorte de nausée et d'une fatigue des mots. Il y a des pétitions, des tribunes, des cris mais à un moment donné, peut-être qu'il faut redonner de l'énergie aux mots", explique l'ancien directeur du journal Le Monde. "J'avais l'impression que les morts ne racontaient pas exactement ce que l'on voyait. J'avais le sentiment que l'on était une société cannibale qui laissait s'accomplir le drame par la mer et que finalement, ce qu'on repêchait c'était notre mauvaise conscience et notre responsabilité".

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"Je me souviens d'un soir où j'ai entendu que finement, le Yéménite est plus fin que la bonite."

Dans ce texte publié cette semaine, le pêcheur, froid et cynique, vend les corps de ces migrants décédés. "Ce pêcheur incarne le mal". Le lecteur peut notamment suivre un dialogue entre cet homme et un client. Pour l'écriture, Eric Fottorino s'est basé sur son expérience. "Je me souviens d'un soir où j'ai entendu que finement, le Yéménite est plus fin que la bonite. J'étais avec cela et je ne pouvais rester avec cette phrase."

Cette nouvelle est évidemment une profonde critique de notre société et de nos démocraties. "O_n est en train d'accepter au nom de nos démocraties ce qui est inacceptable. Les états et les citoyens sont complices d'un immense massacre",_ estime le journaliste. "On ne trouve pas de solution à cette crise migratoire car on ne veut pas les trouver".

Le journaliste déplore en France "une politique de non accueil"

"Ce qui nous a transformé c'est qu'au fur et à mesure les chiffres spectaculaires ne le sont plus devenus, les images choquantes non plus. On s'est habitué et on a laissé l'irresponsabilité tomber dans l'eau."

Eric Fottorino est notamment critique sur la politique migratoire française. "C'est une politique de non accueil. On considère qu'un migrant est malvenu". "Ce ne sont pas des gens misérables, ce sont leurs conditions de vie." L'auteur prend d'ailleurs en exemple l'Allemagne qui "les a alphabétisés et intégrés dans le système de travail".

Cette nouvelle va devenir une pièce, jouée à partir du 20 janvier au théâtre des Champs-Elysées à Paris, avec notamment à l'affiche le comédien Jacques Weber.  

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