Bruno David : "On est sur la trajectoire d'une 6ème extinction des espèces"

Bruno David, président du Muséum national d'Histoire naturelle.
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Bruno David, président du Muséum national d'Histoire naturelle. ©Radio France - Capture d'écran France Inter / DR
Bruno David, président du Muséum national d'Histoire naturelle. ©Radio France - Capture d'écran France Inter / DR
Bruno David, président du Muséum national d'Histoire naturelle. ©Radio France - Capture d'écran France Inter / DR
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Nous célébrons aujourd'hui la journée internationale de la diversité biologique. A cette occasion, Carine Bécard reçoit le président du Muséum national d’Histoire naturelle.

Avec
  • Bruno David Naturaliste, président du Muséum national d'Histoire naturelle, producteur de l'émission "Le Pourquoi du comment : Science" sur France Culture

14% des mammifères en France seraient menacés d'extinction, 32% des oiseaux nicheurs et 19% des oiseaux d'eau douce. Pourquoi la biodiversité est-elle si importante ? "Car c'est elle qui fait que la planète est ce qu'elle est", explique Bruno David, naturaliste et président du Muséum national d’Histoire naturelle. "Ça fait 3.800 millions d'années, un temps gigantesque, que la vie est apparue sur Terre. Il faut mettre ça en regard de notre petite espèce : on est là depuis 300.000 ans, 0,3 million d'années."

On ne peut pas se nourrir, respirer, digérer, boire de l'eau propre, sans la biodiversité

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La France possède une très riche biodiversité par rapport à d'autres pays, car "on a pas mal de territoires d'Outre-mer, notamment en Guyane, qui fait qu'on est responsable d'une grande biodiversité".

Dans quel état est notre biodiversité ?

"Elle n'est pas en très bon état mais ce n'est pas catastrophique non plus", nuance le spécialiste en sciences de l'évolution et de la biodiversité. "Ce qui va plutôt mieux par exemple, ce sont les cours d'eau : on a fait beaucoup d'efforts pour l'eau", explique-t-il, "dans la Loire par exemple, il y a eu un gros travail de dépollution."

En revanche, "ce qui va moins bien, ce sont les grandes plaines agricoles, les villes qui s'étendent".

on perd environ un département tous les dix ans en termes de surface anthropisée (occupée par l'homme).

Bruno David poursuit : "dans les plaines agricoles, il y a beaucoup d'engrais et de pesticides qui font que vraiment ça ne va pas".

Dans les plaines, on a perdu environ 40% des oiseaux en 30 ans

Il y a également un déclin des espèces amphibies, à cause de l'asèchement des zones humides.

Selon Bruno David, "la France est un élève moyen, peu mieux faire", les pays nordiques sont de meilleurs élèves.

Vers une 6ème extinction de masse ?

Le président du Muséum national d’Histoire naturelle estime que c'est la trajectoire que nous prenons. "Depuis 500 millions d'années, il y a eu cinq grandes périodes d'extinction qui ont frappé la biosphère et qui ont fait que ce qui était avant était assez différent de ce qui a suivi", explique-t-il*.*

Or "on s'aperçoit que les déclins d'abondance [actuels] peuvent conduire à 10 à 15% d'extinction des espèces dans les décennies qui viennent, si on continue sur cette trajectoire. Là on peut se comparer aux grandes crises écologiques de la Terre".

On est vraiment sur la trajectoire d'une sixième crise. La bonne nouvelle, c'est qu'on est au début de cette crise, et que comme on en est à l'origine de cette crise, on a les clés du camion

"Le rythme actuel de disparition et de déclin des espèces, est sans commune mesure avec le rythme d'apparition de nouvelles espèces", ajoute encore le scientifique. "Si on ne fait rien, ça conduira à une sixième extinction, et nous pourrions faire partie des victimes", vu la fragilité de notre espèce.

Selon Bruno David, "homo sapiens" est la principale cause du déclin et de l'extinction de la biodiversité. "On laisse moins de place au reste du vivant, c'est la cause majeure de l'extinction des espèces". Il cite ensuite "la surexploitation des ressources ", et le transport humain " d'espèces invasives " (comme les larves), toujours plus nombreuses, selon le scientifique.

Il cite ensuite "la surexploitation des ressources", et le transport humain "d'espèces invasives" (comme les larves), toujours plus nombreuses, selon le scientifique.

Selon lui, "c'est la faute de toute le monde", ce qui signifie également que chacun peut agir à son échelle : "chaque citoyen", "Etat", "entreprise, industriel". Il prône notamment la sobriété et le ralentissement de notre consommation. Quand à la nomination du nouveau gouvernement, "j'attends les actes", évacue-t-il.

Il sort mercredi un nouveau livre "Le monde vivant" (Grasset).

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