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Elisabeth Badinter, le 1er janvier 2015. ©AFP - Jean-Christophe VERHAEGEN
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Résumé

Dans une volte-face historique, la très conservatrice Cour suprême des Etats-Unis a enterré vendredi le droit à l'avortement et une poignée d'Etats en ont profité pour bannir immédiatement les interruptions de grossesse sur leur sol.

avec :

Laurence Nardon (Responsable du programme Amérique du Nord de l’Ifri, productrice du podcast hebdomadaire "New Deal" sur Slate), Elisabeth Badinter (Philosophe, femme de lettres), Camille Froidevaux-Metterie (philosophe féministe, professeure de science politique et chargée de mission égalité-diversité à l’Université de Reims Champagne-Ardenne).

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C'est un revirement historique aux Etats-Unis. La Cour suprême américaine a révoqué vendredi l'arrêt Roe vs Wade de 1973 qui avait ouvert la voie à la légalisation de l'avortement aux Etats-Unis. Le président des Etats-Unis Joe Biden a déclaré que cette décision était une "erreur tragique" et le résultat d'une "idéologie extrémiste". L'ancien président Donald Trump répond : "C'est la volonté de Dieu". Alors au pouvoir, il avait nommé trois juges et fait basculer la majorité de la haute juridiction dans le camp conservateur. Les philosophes Elisabeth Badinter et Camille Froidevaux-Metterie, ainsi que Laurence Nardon, responsable du programme États-Unis de l'Institut français des relations internationales, réagissent après cette décision.

Élisabeth Badinter, philosophe : "Les femmes sont mises dans un état de dépendance épouvantable"

"Il y a un sentiment de désespoir. Je me dis que si le pays qui semble être à la tête des démocraties occidentales, c’est ça, nous sommes en grand danger. Comme on ne peut pas révoquer une décision de la Cour suprême américaine comme ça, ce sera extrêmement difficile pendant des années. C’est un désespoir et une indignation sans précédent. Les femmes sont mises dans un état de dépendance épouvantable par le politique car chaque état américain décidera de ce qu’une femme doit faire de son corps. C’est insupportable. Cela me fait penser que les pays qui sont religieux, que ce soit musulmans ou chrétiens en Amérique, sont en danger pour les libertés féminines. C’est un retour en arrière, non pas seulement de 50 ans, mais de 150 ans et c’est insupportable. Il faut tout faire pour garder le cap de la séparation entre l’Eglise et l’Etat.

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Il me semble qu’il y a un contradiction dans ce qui est en train de se passer en Amérique. 50% des femmes vivent sous le seuil de la pauvreté et ne pourront plus avorter. Ce qui signifie pour des milliers voir millions de femmes une vie ratée, fichue. Même si en ce moment les Etats démocrates font tout ce qu’ils peuvent pour pallier ceci, en augmentant les possibilités de faire avorter les femmes, en augmentant l’argent qu’elles peuvent gagner pour venir faire le voyage. Malgré toutes ces décisions, je pense que ça va être extrêmement difficile."

Camille Froidevaux-Metterie, philosophe : "Une immense vigilance" en France

"C'est une décision effroyable. Cette mesure entraîne un retour en arrière qui va au-delà de cette égalité femmes-hommes. Pour ce qui nous concerne en France, cette décision nous incite à une immense vigilance. Notamment voir ce qu’il se passe avec ce groupe de 89 députés du Rassemblement national qui ont été élus. On le sait, on l’a observé, c’est un parti qui vote contre les mesures visant à renforcer le droit des femmes, notamment au Parlement européen. Sur le fond, c’est un parti politique dont ses principaux combats ne sont pas favorables, ni aux droits des femmes, ni aux droits des personnes LGBT."

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Laurence Nardon, chercheuse : "Le résultat d’un mouvement orchestré par la droite chrétienne"

"Dans l’état actuel des choses, Joe Biden ne peut pas faire grand-chose au niveau fédéral. Le congrès n’a jamais pu voter une loi pour garantir le droit à l’avortement, ça reposait seulement sur une jurisprudence qui a été renversée vendredi. Ce qui s’est produit hier n’est pas vraiment une surprise, c’est le résultat d’un mouvement orchestré par la droite chrétienne depuis les années 70. Si on regarde l’opinion publique, on voit qu’il y a une majorité de personnes favorables au droit à l’avortement. Les gens vont se faire une opinion sur les conditions de la grossesse, si c’est un viol, un inceste, la santé de la mère. Les gens sont pour une interdiction conditionnelle."

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Références

L'équipe

Carine Bécard
Carine Bécard
Carine Bécard
Production
Eric Delvaux
Eric Delvaux
Éric Delvaux
Production
Mathilde Khlat
Collaboration