Publicité
Résumé

A la cantine, on l’a tous fait : regarder son âge au fond du verre, et le comparer avec celui du voisin. A l’époque, plus on était vieux, plus on était content ! Guilène a 11 ans, et elle nous raconte comment son entrée au collège va tout changer.

En savoir plus

Extrait :

En sixième, il y a des codes à connaître et Cléa les connaît tous. Par chance, elle n’a pas remarqué que je suis encore très bébé. Le jour de la rentrée, quand elle a vu que je portais un pli à mon jean, elle a cru que c’était une nouvelle tendance et elle m’a demandé si ma mère travaillait dans la mode. C’est comme ça qu’on est devenues copines. Je n’ai surtout pas avoué que ma mère est secrétaire médicale, qu’elle a cinquante-six ans, des tâches partout sur les mains, et des pieds à bosses. Et que je suis en résumé, une enfant de vieux.

Publicité

C’est en comparant ses parents avec ceux de ses camarades qu’elle le comprend. Les parents de sa copine Cléa sont architecte et styliste culinaire, leur appartement a été photographié pour un blog de déco, ils mangent du quinoa et ils font du roller.

Les parents de Guilène, eux, aiment les bons vieux jeux de société, leur collec de bibelots en pâte de verre et les sandales adaptées au port de la chaussette. Elle doit se rendre à l’évidence : oui, ses parents sont désespérément vieux.

Guilène a honte de ses parents. C’est un sentiment nouveau pour elle ?

Avant, elle trouvait ses parents géniaux ! Là, Guilène est un peu perdue. Parce que visiblement, quand on entre au collège, il y a beaucoup de nouvelles règles à suivre.  Tenir tête à ses parents et éviter de leur montrer de la gratitude, arrêter de jouer dans la cour, respecter l’ordre et la hiérarchie qui régissent les relations sociales.

Extrait :

Il y a autre chose que j’ai compris en entrant en 6e, c’est que la question des garçons doit impérativement devenir envahissante. En 6e, le garçon n’est plus le copain de récré ou l’ennemi de la fille, il devient une sorte d’obsession.

Guilène se sent coupée en deux. Elle trouve ces nouveaux codes un peu étranges, mais mieux vaut faire preuve de prudence et ne rien dire aux autres. Et avec ce qui l’attend, elle ne peut pas se permettre de faux pas !

Bientôt, LA première soirée de l’année va se passer chez elle.

Toute la classe est invitée. Pour Guilène, la pression monte. Ce jour-là, son père fête ses 71 ans ; en plus, ses parents sont toujours très amoureux : et s’ils dansaient leur fameux slow allemand devant tout le monde ? 

Le récit de la fête est hilarant : le jour J, 30 ados déchaînés débarquent, avec des chips, du fromage et de la musique à fond. Les parents et leur copine un peu éméchée se retranchent dans la cuisine. 

Seulement voilà, après les sympathiques dérapages de la fête, Guilène tombe sur des textos de quelques camarades de classe.

Extrait : 

Mais qu’est-ce qu’ils sont viocs les parents de Guilène ! T’as vu le bidon de son père ? (…) et la mère de Guilène, on dirait carrément son arrière-grand-mère, t’as vu ses chaussures ? 

Elle reçoit ces mots comme des coups de poignard. C’est vrai, ses parents sont vieux et elle en a honte. Mais ils sont aussi joyeux, aimants, généreux, et bien sûr qu’elle les adore ! Alors, comment encaisser les remarques blessantes sans perdre la face, ni se trahir elle-même ?

Extrait : 

Je me tais, je ris avec eux. Dedans je fonds en larmes. Alors je ris de plus en plus fort. Ça va devenir compliqué de cohabiter avec moi si je ne choisis pas mon camp. 

Guilène est tiraillée entre la honte et l’affection qu’elle porte ses parents 

Dans un entretien pour Gallimard, Claire Castillon dit que « La honte est comme un sentiment amoureux, un moteur vrombissant qui permet les bascules. » 

C’est un passage obligé pour se détacher des parents et construire sa personnalité. Avoir honte, pour ensuite apprendre à assumer, et à relativiser l’importance qu’on accorde au regard des autres !  Et Claire Castillon en parle avec beaucoup de finesse et de respect, sans jamais juger ses personnages.

En quelques mois, Guilène, la petite fille, est devenue une jeune ado à la lucidité désarmante. Et voilà ce qu’elle nous dit :

Extrait :

La classe de 6e, c’est brutal et c’est fort. Tout s’enclenche, tout s’entraîne, tout se transforme.

  • L’âge au fond des verres, de Claire Castillon, est paru aux éditions Gallimard Jeunesse.