"Les Errantes", de Jo Witek : du fantastique pour explorer les thèmes chers aux adolescents

Capture écran de la vidéo de présentation des "Errantes" de Jo Witek
Capture écran de la vidéo de présentation des "Errantes" de Jo Witek - Actes Sud junior
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Sur la couverture de ce livre, qui est très sombre, on voit une jeune fille à moitié transparente, un peu zombie, qui flotte devant une fenêtre ouverte… C'est une histoire d'horreur ?

C’est une histoire de fantômes qui commence au dernier étage d’un immeuble parisien, le jour où Susanne, cheveux rouges et langue percée, y débarque après une violente dispute avec son père. Susanne est une star du jeu vidéo ; elle est streameuse, c’est-à-dire qu’elle diffuse ses parties en direct sur Internet, et elle a fait appel à sa communauté virtuelle pour trouver un logement en urgence. C’est un jeune fan qui la dépanne en lui prêtant une chambre de bonne, l’immeuble appartient à ses parents.

Extrait :
"Une aubaine, s'était-elle dit, avant de découvrir les dédales de l'escalier de service mal éclairé et les couloirs crasseux du sixième (…)
– Il n’y a plus personne ici, à part ma sister déprimée et une artiste peintre qui a son atelier à l’étage. Faut voir le bon côté des choses (…), tu ne seras pas dérangée !"

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On s’en doute rien qu’à voir la couverture du livre, à priori, elle va être dérangée, Susanne. Et ça vaut aussi pour ses voisines, Anne-Lise, la fille des propriétaires, et la discrète Saskia.
Ces trois filles sont très différentes, mais on découvre qu’elles traversent toutes une période difficile de leur vie et se sentent incomprises et très seules. Susanne cache des blessures derrière son assurance rieuse. Saskia, qui a quitté l’Estonie et le cocon familial avec l’espoir de devenir une grande artiste, vient de perdre toute confiance en elle. Quant à Anne-Lise, elle est en crise mystique et en révolte contre son milieu bourgeois et son époque. À 17 ans, elle sent la distance se creuser avec ses parents.

Extrait :
"Elle n’avait rien à leur dire. Elle se sentait à des années-lumière de ses parents comme du sentiment de toute confiance qu’autrefois ils lui inspiraient. À présent, ils ne pouvaient plus rien pour elle. Ni la rassurer, ni la guider, ni détruire la monstruosité de ce monde, ni stopper les terribles cauchemars qu’elle faisait toutes les nuits, depuis qu’elle avait entendu les voix de femmes. Toujours le même rêve, beau au début puis cruel, barbare, monstrueux. À qui aurait-elle pu se confier ?"

Elles sont fragiles, toutes les trois

D’ailleurs ce sont peut-être elles, les “errantes” du titre : des filles perdues dans une zone grise entre l’enfance et l’âge adulte, qui commencent à savoir qui elles sont, mais qui cherchent encore une manière d’être pleinement et sereinement elles-mêmes, en dépit des jugements. Ce sont peut-être elles, à moins qu’il ne s’agisse des fantômes qui les hantent.

Ce sont des fantômes des femmes ? Et comment est-ce qu’ils se manifestent ?

D'étranges phénomènes commencent à se produire au sixième étage. Ce sont d’abord des petits riens qui créent un léger malaise et s’ajoutent aux cauchemars et aux douleurs dont souffrent les trois filles. Puis viennent les visions, les chants, les murmures. Une revenante aux yeux blancs révulsés. Un jeu vidéo d’horreur qui ouvre une porte vers un passé terrifiant. Barricadée dans son mal-être, chacune vit ça de son côté sans se douter que, dans les chambres voisines, les autres font face à des angoisses similaires.
Mais un incident finit par les réunir, et Saskia comprend, devant le trouble et l’épuisement de ses voisines, qu’elles sont sans doute, comme elle, sous l’emprise de forces surnaturelles. Les revenantes les appellent à elles et, malgré la peur, elles vont devoir aller ensemble à leur rencontre si elles veulent survivre.

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce livre ?

D’abord, le mystère. On a vraiment envie de comprendre ce qui se passe, qui sont les revenantes, pourquoi elles sont là... et comment tout ça va finir. Il y a des scènes très immersives, très fortes où on est cramponné au livre, parfois on bascule d’un coup dans l’angoisse, on sent le personnage perdre pied, c’est très réussi.
Il y a une dimension féministe et politique qui est intéressante aussi, on découvre au fil du roman des figures de femmes remarquables et des réalités historiques glaçantes, ça parle d’injustice et de résistance.
Et pour finir j’ai vraiment bien aimé la manière dont Jo Witek utilise le fantastique pour explorer les émotions de l’adolescence. C’est un livre qui dit la difficulté de devenir adulte, de trouver sa place dans le monde, de trouver la force et les ressources pour être pleinement soi, surtout quand on est une femme, et qui rappelle le pouvoir de l’entraide et de l’amitié.

Bref, c’est une histoire qui fait peur, oui… mais aussi, en fin de compte, une histoire qui rassure et qui donne du courage

À lire partir de 14-15 ans

  • Les Errantes, de Jo Witek, est paru chez Actes Sud Junior

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