La Serbie se fâche (un peu) avec la Serbie, ici peinture murale à Belgrade
La Serbie se fâche (un peu) avec la Serbie, ici peinture murale à Belgrade
La Serbie se fâche (un peu) avec la Serbie, ici peinture murale à Belgrade ©Getty - Pierre Crom
La Serbie se fâche (un peu) avec la Serbie, ici peinture murale à Belgrade ©Getty - Pierre Crom
La Serbie se fâche (un peu) avec la Serbie, ici peinture murale à Belgrade ©Getty - Pierre Crom
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Résumé

En évoquant l'indépendance du Kosovo, Vladimir Poutine a déchaîné la presse tabloïd serbe sur l'air de la trahison. Est-ce sincère ou le produit d'un calcul à trois bandes.

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Il se passe de drôles de choses entre la Russie et la Serbie en ce moment

On pensait les deux pays unis par une même slavophilie et un même sentiment d’humiliation face à l’Occident. Russie et Serbie : indéfectibles alliés contre l’OTAN ! Et voilà que depuis fin avril les unes de la presse tabloïd serbe maudissent Moscou !

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On peut y lire : « la Russie poignarde la Serbie dans le dos », ou encore « Poutine ne pense qu’à sa guerre en Ukraine et oublie la Serbie et le Kosovo ». Or ces tabloïds sont réputés très proches du président populiste serbe Aleksander Vucic.

Que s’est-il donc passé ? Il faut reprendre les propos de Vladimir Poutine lors de la visite d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, à Moscou fin avril. A cette occasion, Poutine a asséné au Portugais la leçon d’histoire suivante :

Puisque la Cour internationale de justice de La Haye, le bras judiciaire de l’ONU, reconnait au Kosovo le droit à l’autodétermination, pourquoi ne reconnaitrait-elle pas celui des républiques de Donetsk et de Lougansk ? Il y aurait donc deux poids, deux mesures.

Des commentaires qui ont (presque) suffi pour fâcher la Serbie avec la Russie

En Serbie tout ce qui touche au Kosovo et à son indépendance est inflammable. Encore plus lorsque cela vient de l’allié russe ! Si le Kosovo n’est pas reconnu par l’ONU ; c’est parce que la Russie oppose indéfectiblement son veto !

Autrement dit, en évoquant – même rhétoriquement – l’indépendance de ce que Belgrade considère comme une province rebelle, Vladimir Poutine s’est mis lui-même dans un piège. A moins qu’il y ait de la part de Belgrade une bonne dose de mauvaise foi.

Il faut comprendre un peu la position serbe

Que lui rapporte la Russie ?

Avant tout du gaz et du pétrole. Elle en dépend à 80%. Jusqu’à présent, Moscou lui fournissait les deux quasi gratuitement. Ce ne sera plus le cas à partir de fin mai.

A cette date, Moscou triplera le prix payé par Belgrade. C’est rude pour un allié! Sans compter que la Russie n’investit plus vraiment en Serbie. La Chine est désormais le 1er partenaire économique non européen de la Serbie. Et de loin !

Donc la Russie, pour la Serbie, ça eut payé, mais ça ne paie plus, comme disait Fernand Raynaud. De plus, cette alliance qui date d’il y a trente ans coûte politiquement très cher depuis l’invasion de l’Ukraine : l’Europe se montrant de plus en plus intransigeante.

L’Europe a les moyens de peser sur Belgrade

Qui a investi en Serbie des milliards d’euros depuis vingt ans ? Qui a offert aux Serbes la possibilité de voyager en Europe sans visas ? Qui respecte une forme d’Union douanière qui permet à l’économie serbe de sa moderniser ? L’Europe et personne d’autre !

En conclusion, dans cette affaire de reconnaissance tacite du Kosovo par la Russie, reprise par des médias sur l’air de la trahison, vous avez toutes les facettes d’un prétexte en or pour permettre à Belgrade de s’éloigner de sa relation toxique avec Moscou.

Ou tout au moins de faire monter les enchères afin que Moscou comprenne que l’alliance avec la Serbie doit se payer, d’une façon ou d’une autre et si possible très cher. Sinon… à nous deux Bruxelles !

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Anthony Bellanger
Anthony Bellanger