Kim Jong Un le 11 octobre 2021
Kim Jong Un le 11 octobre 2021
Kim Jong Un le 11 octobre 2021 ©AFP - EyePress News
Kim Jong Un le 11 octobre 2021 ©AFP - EyePress News
Kim Jong Un le 11 octobre 2021 ©AFP - EyePress News
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Résumé

Cinq Coréens du Japon trainent le leader de la Corée du Nord en Justice pour les avoir attiré dans les années 60 à Pyongyang en leur promettant une vie meilleure. Dans les faits, ils ont été retenus des décennies et maltraités.

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La justice japonaise a convoqué le leader nord-coréen Kim Jong Un et le procès commence le 14 août dans un tribunal de Tokyo le procès intenté par une poignée de Coréens installés au Japon au dernier rejeton de la dynastie communiste des Kim.

Logiquement, toute tentative de ce genre est aussitôt déboutée à la simple évocation de l’immunité dont jouissent les chefs d’État étrangers.

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Ici, l’astuce juridique est que le Japon ne reconnait pas la Corée du Nord. Donc, du point de vue de la Justice japonaise, Kim Jong Un est un simple justiciable de nationalité coréenne. Un procès peut donc lui être intenté.

Comme sa convocation n’a pas pu être remise en main propre au jeune Kim Jong Un, la Cour s’est contentée de la placarder à l’entrée du tribunal.

Des Coréens vivant au Japon trompés par la propagande

Tromperie, voire escroquerie en bande organisée… Pour comprendre, il faut revenir en arrière : au début des années 1960, la Corée du Nord, qui avait besoin de main d’œuvre, a mis en place un programme pour attirer les Coréens de l’étranger.

Pyongyang promettait des logements, de bons salaires et la santé gratuite. En tout, 93 000 Coréens ont accepté ce marché de dupe.

Il faut savoir qu’à l’époque, la Corée du Nord pouvait encore passer pour être la meilleure des deux moitiés. La guerre de Corée venait à peine de finir, le Sud était sous la coupe d’une dictature féroce et l’avantage économique était plutôt au nord.

Les cinq plaignants d’aujourd’hui n’ont compris leur erreur qu’une fois sur place : ils ont été maltraités, logés dans des camps, employés dans des mines ou aux champs. L’un d’entre eux a patienté 43 ans avant de pouvoir fuir en 2003. Il a aujourd’hui 79 ans.

Aucune chance de voir Kim Jong Un à la barre

Mais l’enjeu est ailleurs. Car dans ce procès, il y a un grand absent sur le banc des accusés : l’État japonais. A l’époque, les autorités japonaises savaient ce qu’il se passait à Pyongyang mais voyaient les Coréens du Japon comme des indésirables.

Elles ont donc encouragé ces départs, par exemple en affrétant des bateaux ! Or si la prescription légale ne permet plus aujourd’hui de poursuivre l’État japonais, on ne peut pas empêcher les plaignants de témoigner pour l’Histoire.

C’est justement ce que le Japon refuse de faire depuis toujours : affronter les démons de son Histoire, notamment sa colonisation brutale de la Corée jusqu’en 1945. 

Aujourd’hui, il y entre 600 et 800 000 Coréens qui vivent au Japon.

Beaucoup descendent des centaines de milliers de travailleurs forcés coréens ramenés dans l’archipel par les autorités japonaises pendant la seconde guerre mondiale. Ce procès qui met en accusation Kim Jong Un est donc beaucoup moins anecdotique qu’il y parait.

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Anthony Bellanger
Anthony Bellanger