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Résumé

Ecoeurés par les prix stratosphériques de l'essence et du gasoil, de plus en plus de Libanais choisissent... le vélo pour leurs trajets quotidiens. Récit.

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Depuis plusieurs mois, il est partout ! Lui, c’est le biclou, la petite reine, ou le vélo pour que tout le monde s’y retrouve ! J’emploie à dessein tout le répertoire des synonymes parce que la bicyclette beyrouthine est souvent de seconde main.

Donc très… diverse dans ses formes, son âge, sa qualité et ses origines. Mais le fait est là : des centaines voire des milliers de bicyclettes commencent à envahir les rues de la capitale libanaise mais aussi celles de Tripoli où un maire du vélo a été désigné.

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Il s’appelle Natheer Halawani, est ingénieur électricien et parle d’expérience : il a mis en place un service de livraison à vélo qui, il y a quelques mois, ne recevait qu’une commande par semaine et qui aujourd’hui, doit faire face à une demande toutes les 10 mn ! Livrer en voiture, voire en scooter, n’étant plus rentable.

Hyperinflation et 1167% d'augmentation des prix de l'essence

La raison qui explique ce soudain amour pour le vélo ? L’hyperinflation et l’augmentation vertigineuse du prix de l’essence : depuis juin dernier, le litre de gasoil ou d’essence a grimpé de 1167% ! Une augmentation qui %s’est faite en deux temps :

D’abord l’effondrement l’été dernier de la livre libanaise qui a conduit à l’explosion des prix des produits importés, dont le carburant. Une pénurie a suivi, avec d’immenses queues aux stations-services que les Libanais ont appelé les « queues de l’humiliation ».

Puis le conflit en Ukraine qui a entraîné une hausse du prix du baril de pétrole puis des carburants au niveau mondial. Il aura donc fallu deux crises, dont une d’ampleur internationale pour convaincre certains Libanais d’adopter un vélo ?.

Parce qu’au Liban, comme dans tout le monde arabe, la voiture est plus qu’un moyen de transport, c’est le moyen de se déplacer en famille quand bus, trains et trams sont défaillants voire inexistants et c’est, par ailleurs, toujours un signe extérieur de réussite.

Les routes libanaises ne peuvent plus supporter tant de voitures

Pour vous donner un exemple, tous les jours 700 000 voitures entrent dans Beyrouth – et souvent les plus polluantes – créant des embouteillages dantesques. A cause de cela, le Liban émet 40% de CO2 de plus que la moyenne mondiale.

Le problème est que rien n’est prévu pour les bicyclettes. En 2019, des militants de la « cause pédalière » ont obtenu de haute lutte la création de 16kms de pistes cyclables. Tout le monde – de la municipalité au ministère concerné – était d’accord.

Puis… rien. Il y a six mois, d’autres ont tenté de ranimer l’idée, toujours avec l’accord unanime des politiques puis… toujours rien. Le projet se perd dans les méandres d’une bureaucratie notoirement rétive au changement.

Le vélo est politique !

En fait, à la suite de la Guerre civile des années 70 et 80 le pays a été refondé sur une base strictement communautaire. Du point de vue urbanistique, cela donne des quartiers fermés sur eux-mêmes comme les îles d’un archipel.

Or, ce projet de pistes cyclables avait justement pour but de relier ces quartiers entre eux. D’où la réticence toute politique de l’administration qui est, elle-même, un archipel communautaire. En clair, au Liban et surtout à Beyrouth, rouler à vélo est aussi un acte politique.