Jorge Diaz, Agustin Martinez and Antonio Mercero, vainqueurs du Prix Planeta 2021 derrière le pseudonyme Carmen Mola ©Getty - Kike Rincon/Europa Press
Jorge Diaz, Agustin Martinez and Antonio Mercero, vainqueurs du Prix Planeta 2021 derrière le pseudonyme Carmen Mola ©Getty - Kike Rincon/Europa Press
Jorge Diaz, Agustin Martinez and Antonio Mercero, vainqueurs du Prix Planeta 2021 derrière le pseudonyme Carmen Mola ©Getty - Kike Rincon/Europa Press
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Résumé

C'est la plus grosse surprise de la rentrée littéraire espagnole : l'autrice à succès Carmen Mola était en fait un trio masculin d'amis de longue date. Ils se partagent le million d'euros du prestigieux prix Planeta

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Direction l’Espagne pour une surprise littéraire magistrale : vendredi, le roi et la reine d’Espagne remettaient comme chaque année le plus prestigieux des prix littéraires espagnols et aussi un des mieux dotés au monde : le prix Planeta. 

Un million d’euros pour le lauréat ! C’est un peu plus que le Nobel et beaucoup mieux que les dix euros symboliques d’un Goncourt ! 

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Surtout, au cours des années, des auteurs aussi célèbres que Camilo José Cela, Mario Vargas Llosa ou Eduardo Mendoza l’ont obtenu.

Donc, cette année, c’est Carmen Mola, la star du roman noir espagnol qui obtient le prix pour un nouveau roman, La Bête, après une trilogie dont le personnage principal est une inspectrice un peu barrée et qui s’est vendue à plus de 400 000 exemplaires

Il faut savoir que Carmen Mola, professeure de mathématique et mère de trois enfants, a toujours refusé les interviews en face à face et la publicité sur son nom. En clair, voilà une autrice cachée derrière son pseudonyme et heureuse de l’être.

Une sorte d’Elena Ferrante espagnole

D’ailleurs les journaux ont toujours fait le parallèle avec la mystérieuse autrice italienne de la saga L’Amie Prodigieuse. Donc imaginez la scène : le roi et la reine appellent la lauréate Carmen Mola et… Coup de théâtre !

Trois quinquagénaires en costume de soirée se lèvent. 

En fait, Carmen Mola n’est pas une femme mais trois hommes : Jorge Díaz, Agustín Martínez et Antonio Mercero, trois auteurs et scénaristes assez connus en Espagne et surtout, trois amis de longue date.

C’est vrai que rétrospectivement, on aurait pu se douter de quelque chose

D’abord, il y a ce pseudonyme Carmen Mola, qui pourrait se traduire par "Elle est cool, Carmen" ou "Elle est bonne, Carmen" qui fleure bon les soirées arrosées entre hommes.

Et puis, il y a aussi son incroyable prolixité : un livre par an depuis 2018 ! Maintenant que l’on sait qu’il y avait six mains expérimentées derrière Carmen Mola, on comprend mieux.

Surtout, il y a la question soulignée par une féministe espagnole, ancienne directrice de l’Institut des Femmes, Beatriz Gimeno, qui parle "d’escrocs", parce que la fausse identité féminine qu’ils ont créée a induit journalistes et lecteurs en erreur.

On comprend sa colère : une des branches de l’Institut des Femmes conseillait de lire Carmen Mola parce que ses livres "aidaient à comprendre la réalité des expériences féminines et contribuaient à éclairer le chemin des droits des femmes et de leur liberté".

Les trois auteurs expliquent qu’ils ne se sont pas cachés derrière une femme mais derrière un pseudonyme. Ce qui est un peu court. Ils ajoutent simplement que le succès éditorial de Carmen Mola rendait de plus en plus compliqué le secret.

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L'équipe

Anthony Bellanger
Anthony Bellanger