Egypte : de l'enfer bureaucratique à l'hôtel de luxe

Une pancarte sur la place Tahrir
Une pancarte sur la place Tahrir ©Radio France - Joseph Confavreux
Une pancarte sur la place Tahrir ©Radio France - Joseph Confavreux
Une pancarte sur la place Tahrir ©Radio France - Joseph Confavreux
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Au Caire, le Mogamma, le plus gros centre administratif d'Afrique, symbole de la bureaucratie et de la corruption va être transformé en hôtel de luxe.

Le Mogamma: le nom fait frémir d'angoisse tous les égyptiens depuis sa construction en 1952. Cet énorme bâtiment stalinien posé sur le flanc de la fameuse place Tahrir a été construit pour héberger l'ensemble des services administratifs de l'état égyptien, état civil, démarches en tout genre.

Imaginez l'enfer? Le Mogamma ressemble assez fidèlement à l'idée que je peux m'en faire.

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Des dizaines de kilomètres de couloirs, sur quatorze étages et je ne sais combien d'escaliers, remplis de poussière et de 10 000 fonctionnaires payés à coup de bakchich. Une fréquentation moyenne de 15 000 visiteurs par jour....

Vous venez chercher un papier, on vous envoie bâtiment B12, 5 étage, porte 6, tournez à droite, prenez l'escalier, descendez de deux étages et demi, tournez à gauche, reprenez l'ascenseur jusqu'à ce que mort s'en suive.

Un film comique a même été consacré à ce symbole de la corruption et de la bureaucratie, il s'appelle Terrorisme et kebab: des citoyens devenus dingues y prennent en otages des employés du Mogamma, au point qu'il faut envoyer la police antiterroriste pour éviter un massacre.

Or, ce bâtiment a été vendu à un groupe émirati pour devenir un gigantesque hôtel de luxe, avec des boutiques, des piscines.

Exit le Mogamma, dernier symbole de l'état à disparaitre du centre du Caire.

Le président Abdel Fatah al Sissi a décidé de débarrasser l'Egypte de tout ce qui peut rappeler 2011, l'époque des révoltes arabes.

Or cette révolution - qui a fait chuter Hosni Moubarak- a eu lieu au pied du Mogamma.

Des dizaines de personnes ont été tuées depuis le toit de ce bâtiment où étaient stationnés les snipers de la police.

Abdel Fatah al Sissi a déjà fait ripoliner la place Tahrir, enlevé les barricades pour mettre un obélisque au milieu.

Et surtout, il ne veut plus risquer que l'état soit menacé par une révolte populaire.

Il a donc fait déplacer les lieux clés du pouvoir hors de portée de la foule en lançant il y a sept ans la construction d'une nouvelle capitale administrative en plein désert, à 40 km du Caire, où les services du Mogamma vont être transférés...

Un projet pharaonique...

Sa construction est estimée à 45 milliards d'euros , un chantier qui siphonne les caisses de l'état...

Et les égyptiens trouvent ça de plus en plus indécent, alors qu'il y a d'autres urgences : la pauvreté endémique, la santé, l'éducation, et bien sûr l'alimentation.

L'Egypte est le plus gros importateur d'Afrique de céréales, 85 % de son blé vient d'Ukraine et de Russie, le pain est subventionné. Or la guerre en Ukraine assèche les finances. et dans ce contexte la fièvre bâtisseuse de Sissi a du mal à suivre, le chantier patine, et l'inauguration de la future capitale, prévue l'an dernier n'en finit plus d'être reportée.

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