Manifestation en Inde contre les nouvelles règles de recrutement de l'armée le 20 juin 2022 à New Delhi ©Getty - Hindustan Time
Manifestation en Inde contre les nouvelles règles de recrutement de l'armée le 20 juin 2022 à New Delhi ©Getty - Hindustan Time
Manifestation en Inde contre les nouvelles règles de recrutement de l'armée le 20 juin 2022 à New Delhi ©Getty - Hindustan Time
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Résumé

Après deux années de pandémie sans recrutement, les jeunes Indiens attendaient avec impatience cette date. C'était compter sans les nouvelles règles de l'Armée indienne.

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Direction l’Inde où des milliers de jeunes manifestent violemment…

Au moins quatre trains incendiés dans l’État du Bihar, des milliers de manifestants élevant des barricades de pneus enflammés, brûlant des bus, bloquant des routes et ce, dans au moins deux autres États indiens parmi les plus peuplés : Uttar Pradesh et Rajasthan.

Le tout à cause d’une simple annonce, faite il y a une semaine par un des plus hauts gradés de l’armée indienne, le Lieutenant-général Anil Puri, d’une nouvelle politique de recrutement des Forces armées appelée « Agniveer », c’est-à-dire « Chemin de feu » en Hindi.

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Les jeunes rêvent de devenir militaire

Non, c’est l’inverse : ils rêvent tous d’en être ! L’armée indienne est entièrement professionnelle. Entrer dans l’armée signifiait jusqu’à présent 15 années de service minimum, une solde mensuelle conséquente et régulière puis, une retraite solide.

Appartenir à l’armée indienne est une position très prestigieuse dans un pays qui est en guerre quasi permanente avec ses voisins chinois mais surtout pakistanais.

Pour des jeunes hommes souvent pauvres, pouvant être enrôlés dès l’âge de 17 ans, l’armée est un débouché enviable et surtout, l’assurance d’une promotion sociale – et donc d’un mariage facilité – le tout alors que des tests suffisent à se qualifier.

Mais surtout, à cause de la pandémie, l’armée indienne n'a pas recruté depuis deux ans : l’impatience était donc à son comble.

L'armée indienne dépense trop en soldes et retraites

L’idée est de recruter en deux ans 100 000 soldats entre 17 et 21 ans. La vraie différence est que ce recrutement se fera avec des contrats de 4 ans maximum. Ensuite, seul un quart seront retenu pour poursuivre leur carrière dans l’armée.

Pour les trois-quarts qui seront déboutés, une soulte d’1,2 million de roupies – environ 15 000 euros – leur sera allouée pour solde de tout compte. Plus d’emploi garanti, plus de retraite et adieu les bénéfices associés : logement, prêts, primes de risque.

On comprend la raison d’un tel bouleversement : sur 66 milliards d’euros de budget militaire, l’Inde dépense la moitié en soldes et retraites. Or l’armée indienne doit se moderniser : la solution est donc d’abaisser l’énorme poids financier de son fonctionnement.

C’est vrai qu’en 20 ans, son PIB a été multiplié par cinq. Sauf qu’entre temps, le chômage a explosé et l’Inde devra créer 90 millions d’emplois d’ici 2030 si elle veut que tous ses jeunes trouvent un travail ! Une gageure !

Un des seuls piliers du contrat social indien à l’attention des plus pauvres à avoir tenu depuis l’indépendance est justement ce mode si particulier de recrutement militaire.

D’ailleurs, on a manifesté hier dans les États les plus peuplés et aussi les plus démunis. Des endroits où les jeunes se sentent les laissés pour compte d’une croissance très inégalitaire et abandonnés par les politiques sociales de plus en plus restrictives.

Références

L'équipe

Anthony Bellanger
Anthony Bellanger