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Quelques 1 500 comptes falsifiés au profit de régime dictatorial de Daniel Ortega ont été fermé par Facebook. Une "usine à troll" qui fonctionnait depuis 2018.

C’est Facebook qui a expliqué lundi avoir démasqué et fermé plus de 1 500 comptes après avoir consciencieusement mené l’enquête contre ce qu’on peut effectivement appeler une « usine à troll » au service du président Daniel Ortega.

Une annonce qui tombe à pic pour le réseau social après le témoignage accablant d’une ancienne ingénieure de Facebook, Frances Haugen, expliquant le manque de volonté de la plateforme à modérer les contenus haineux.

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Mais ce qui est intéressant avec cette « usine à troll » nicaraguayenne, dont le modèle est évidemment celle de Saint Pétersbourg qu’on accuse d’avoir voulu influencer les élections américaines de 2016 et 2020, c’est son côté « pieds nickelés ».

Une usine située dans des bâtiments d'Etat

Pour la première fois dans l’histoire de ce type d’enquête et de démantèlement final, le lieu où était situé concrètement l’usine était un bâtiment tout ce qu’il y a de plus officiel.

D’habitude, les trolls d’Etat brouillent les pistes et s’éloignent des centres du pouvoir. Là, pas du tout : les adresses IP de nos trolls conduisaient directement à la poste centrale de Managua, à la Cour suprême et même dans les locaux de la Sécu locale.

Enfin, cette usine à troll avait une certaine ancienneté, puisqu’elle était active depuis 2018. Ce qui correspond aux grandes manifestations contre le régime d’Ortega et à leur répression. 

Un Nicaraguayen sur cing suivait ces comptes de propagande

Près de 800 000 personnes les suivaient, c’est-à-dire un Nicaraguayen sur cinq, et relayaient la désinformation officielle ou les campagnes de dénigrement contre des opposants politiques, des intellectuels ou des militants anti-sandinistes.

Le plus drôle est que les limiers de Facebook ont remarqué que les trolls du président Ortega insultaient et désinformaient du lundi au vendredi, de 9h à 17h avec pause déjeuner d’une heure. Boulot-boulot en somme !

Il n’y a pas que Facebook qui était visé : l’usine à trolls avait aussi des comptes TikTok, Twitter et Telegram par dizaines. Mais comme c’est l’Amérique latine, les enquêteurs ont même retrouvé des selfies pris de l’intérieur de l’usine par les trolls eux-mêmes.

Une élection présidentielle… sans candidats sérieux contre Ortega

C’est là que ça devient surréaliste : pour ne courir aucun risque, le régime d’Ortega a fait arrêter et emprisonner les candidats sérieux ou populaires : sept en tout, dont la plus connue est Cristiana Chamorro, fille d’une ancienne présidente. Il ne reste plus en lice que des tocards ou d’illustres inconnus.

Sans compter les milliers de Nicaraguayens, politiques, journalistes ou intellectuels, qui se sont exilés pour échapper à la répression féroce. Donc, cette « usine à trolls » tournait à vide et ne servait qu’à nuire et à flatter un président inamovible depuis 2007.

L'équipe

Anthony Bellanger
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