Dairo Antonio Úsuga dit Otoniel le 5 mai 2002
Dairo Antonio Úsuga dit Otoniel le 5 mai 2002
Dairo Antonio Úsuga dit Otoniel le 5 mai 2002 ©AFP - Kena Betancur
Dairo Antonio Úsuga dit Otoniel le 5 mai 2002 ©AFP - Kena Betancur
Dairo Antonio Úsuga dit Otoniel le 5 mai 2002 ©AFP - Kena Betancur
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Résumé

Ils sont plusieurs milliers de narcos à protester contre l'extradition de leur chef vers les Etats-Unis. Et pour bien se faire comprendre, ils ont bloqué la moitié du pays.

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La grève armée, c’est une spécialité colombienne assez sinistre. Ça consiste pour un groupe armé ou une guérilla à imposer par la force le confinement d’une population entière.

Sous peine de risquer d’être tué d’une rafale de mitraillette pour avoir ouvert son magasin, s’être baladé ou avoir tenté une sortie en voiture. L’idée, c’est de montrer aux autorités sa puissance, son emprise et l’étendue de son territoire.

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C’est ce qu’a fait le gang le plus important de Colombie, le Clan du Golfe, en imposant une « grève armée » dans une centaine de villes. Lundi, c’est toute la moitié nord d’un pays deux fois grand comme la France qui était ainsi confinée.

L’affaire remonte à octobre et à l’arrestation du chef de ce « clan du Golfe » : Dairo Antonio Úsuga dit Otoniel.

Une victoire très importante pour la police parce qu’il était recherché depuis 20 ans, tant par les autorités colombiennes qu’étasuniennes.

Le clan du Golfe, ce sont des milliers d’hommes, une organisation structurée et des sommes en jeu ahurissantes : 90% de la cocaïne consommée aux Etats-Unis vient de Colombie et le « clan du Golfe » en était le principal fournisseur.

Or, après des mois de procédures, Otoniel a été extradé il y a une semaine aux Etats-Unis où l’attendaient des juges de Brooklyn, impatients de l’inculper pour trafic de drogues, extorsion et blanchiment mais aussi abus sexuels sur mineurs.

Cette « grève armée », c’est pour protester contre cette extradition

L'envoi judiciaire de narcos vers les Etats-Unis existe en Colombie depuis plus de vingt ans. Elle est très efficace car elle évite à des prisonniers souvent riches et puissants de passer entre les mailles d’une justice et d’une police locales trop faibles.

Depuis que cette procédure a été mise en place, des centaines de Colombiens ont ainsi été expédiés aux Etats-Unis où ils croupissent en prison, loin des leurs, et souvent pour le reste de leur vie.

Ces gangs sont de véritables armées d’autant plus faciles à recruter et à maintenir qu’en fait elles existaient déjà. La Colombie a vu pendant plus d’un demi-siècle des régions entières mises en coupes réglées par des guérillas marxistes ou des milices d’extrême-droite.

Plutôt que déposer les armes, certains ont intégré des gangs de narco-trafiquants. Le « clan du Golfe », est ainsi formé d’anciens miliciens d’extrême-droite et d’autres de l’Armée populaire de libération.

Le « Clan du Golfe » a ainsi pu compter sur 6 000 hommes à son apogée et devenir le principal employeur de régions entières. Il en reste peut-être 2000, mais c’est visiblement suffisant pour imposer sa volonté et sa violence à la moitié de la Colombie !

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L'équipe

Anthony Bellanger
Anthony Bellanger