Détroit de Nares
Détroit de Nares ©Getty - DEA / M. SANTINI
Détroit de Nares ©Getty - DEA / M. SANTINI
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Depuis 1973, les Canadiens et les Danois se livraient à une guéguerre à coup de bouteilles de whisky et de schnaps autour de la souveraineté disputée d'un îlot arctique en forme de rognon d'à peine plus d'un km2. Récit.

Le Danemark et le Canada ont signé hier un traité mettant fin à un conflit vieux d’un demi-siècle…

Depuis 1973 exactement, les deux pays se disputaient autour de la souveraineté sur l’île Hans, un îlot inhabité et pelé, d’un kilomètre carré et demi, qui a grossièrement la forme d’un rognon et qui se trouve en plein milieu du détroit de Nares, dans l’Arctique.

La vraie question, c’est que vient faire le Danemark dans cette affaire ? On l’oublie souvent mais le Danemark est la puissance tutélaire du Groenland, une île quatre fois grande comme la France et qui fait du Danemark une puissance maritime de premier plan !

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D’ailleurs le tracé des frontières maritime entre le Canada et le Groenland danois sont les plus longues du monde entre deux pays. Hier, les deux capitales ont décidé couper l’île Hans en deux : 60% pour le Danemark et le reste pour le Canada.

Les les deux pays ont associé les Inuits qui appellent cette île Tartupaluk et vivent de part et d’autre du détroit de Nares : leurs droits de pêche et de chasse seront préservés et pas de visas ni de passeports pour eux. La "guerre du whisky" est donc terminée.

La "guerre du whisky" n'aura plus lieu

En fait, le conflit entre les deux pays a commencé à devenir plus sérieux lorsqu’en 1984 des soldats canadiens ont symboliquement pris possession de l’île en plantant un drapeau à feuille d’érable et en laissant trainer des bouteilles de whisky canadien.

Aussitôt, les fiers danois ont réagi en enlevant le drapeau ennemi, en ramassant rageusement les bouteilles de whisky et en les remplaçant par du schnaps et de l'aquavit danois. Cette petite habitude alcoolisée a donc pris fin hier.

Les deux ministres des Affaires étrangères se sont retrouvés à Ottawa pour, selon le mot de la canadienne Mélanie Jolie, mettre fin "à la plus amicale des guerres" en échangeant en guise d’amitié, vous l’avez compris, des bouteilles de schnaps et de whisky.

Politique et hydrocarbures

La première raison est assez triviale : dans les deux pays, le lâcher de bouteilles d’alcool et le plantage du drapeau nation al était devenu une sorte de rituel patriotico-comique qui précédait généralement les élections. Difficile ensuite de se dédire au pouvoir.

La 2ème raison est économique : on sait depuis les années 70 qu’il y a du pétrole et du gay au fond du détroit de Nares. Le tracé des eaux territoriales de ce coin d’Arctique pouvait affecter les droits futurs d’exploitations de ces ressources en hydrocarbures.

Ces champs gaziers et pétroliers sont trop profonds pour les exploiter rentablement. Mais il ne faut jamais injurier l’avenir ! Or, les deux pays sont arrivés à la conclusion que, dans le contexte actuel, il valait mieux faire la preuve d’une entente cordiale.

Montrer à la Russie que l'on peut régler un conflit sans canonner

La Russie est une puissance arctique qui n’a jamais caché sa volonté d’exploiter les immenses ressources que recèle cette terre encore vierge. Par ailleurs, elle a récemment réactivé quelques-unes de ses revendications sur ces eaux glacées.

En 2007, deux sous-marins de poche russes dépêchés dans l’océan Arctique ont même déposé le drapeau de la Fédération de Russie par 4 300 m de fond, revendiquant pour leur pays les fonds marins pétrolifères au-delà des eaux territoriales russes.

Donc, en signant la fin de la "guerre du whisky", le Danemark et la Canada, tous deux riverains de l’Arctique, ont voulu envoyer un message à Moscou : entre pays civilisés, voilà comment se résolvent les conflits : des négos et un échange de bonnes bouteilles.