Pendant le procès, en attendant la décision de justice, le camp d'Amabutho le 12 janvier 2022
Pendant le procès, en attendant la décision de justice, le camp d'Amabutho le 12 janvier 2022
Pendant le procès, en attendant la décision de justice, le camp d'Amabutho le 12 janvier 2022 ©Getty - Darren Stewart/Gallo Images
Pendant le procès, en attendant la décision de justice, le camp d'Amabutho le 12 janvier 2022 ©Getty - Darren Stewart/Gallo Images
Pendant le procès, en attendant la décision de justice, le camp d'Amabutho le 12 janvier 2022 ©Getty - Darren Stewart/Gallo Images
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Résumé

La justice sud-africaine a décidé que l'intronisation du fils du roi Zwelithini pouvait avoir lieu en déboutant l'épouse éconduite du monarque défunt. Récit.

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Direction l’Afrique du Sud, pour une décision de justice très attendue

C’était avant-hier, la Haute cour de Pietermaritzburg, en plein pays zoulou, le Kwazulu-Natal, rendait une des décisions les plus importantes de l’année. Elle devait en effet se prononcer sur la succession de l’ancien roi Goodwill Zwelethini, mort en mars dernier.

Deux épouses royales – le roi zoulou avait 6 épouses et 28 enfants - s’opposaient autour de l’héritage et de le la succession au trône du fils de l’une d’entre elle.

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Le tribunal a tranché en faveur du prince Misizulu Zulu, 47 ans.

Dès le 12 mars (c'est sûr, ça ?), il deviendra roi et pourra jouir de la fortune de son père, estimée à 18 millions d’euros, mais surtout de l’immense patrimoine foncier des monarques zoulous : quelques 3 millions d’hectares de bonnes terres.

Auxquels s’ajoutent des palais, une flotte de voiture et aussi une rente annuelle, payée par le contribuable sud-africain, d’environ 5 millions et demi d’euros. Vive le roi !

Attendez ! Ce n’est pas une République l’Afrique du Sud ?

Si, bien sûr. Mais la Constitution de 1994 reconnait les monarques traditionnels du pays – il y en a onze – et les salarie. Le roi des Zoulous est de loin le plus puissant d’entre eux puisqu’il « règne » sur 12 millions d’âmes, un cinquième de la population sud-africaine.

Évidemment, il n’a aucun pouvoir exécutif mais son influence sur son peuple est considérable et l’ANC, le parti au pouvoir à Pretoria depuis la fin de l’apartheid, ne peut pas négliger un électorat aussi important.

En un demi-siècle de règne le roi Zwelethini a su jouer de cette influence pour soutirer des millions à l’État sud-africain et surtout échapper à toute remise en cause de son énorme richesse foncière, qui en fait un des propriétaires les plus importants du pays.

Donc, cette histoire de procès et de succession n’a rien d’anecdotique !

Ça va même plus loin : tant que l’ancien président sud-africain Jacob Zuma était au pouvoir, l’ANC pouvait compter sur les millions de voix apportés par le monarque zoulou. Le deal était le suivant : les suffrages contre la terre et les millions.

Sauf que Jacob Zuma est tombé, en 2018 et son successeur, Cyril Ramaphosa, tient à redistribuer aux petits paysans noirs avant tout les terres des fermiers blancs mais aussi les immenses propriétés du monarque zoulou. La famille royale s’y oppose fermement !

Et le peuple zulu, qu’en pense-t-il ?

Les Zoulous sont pour l’essentiel des ruraux, des éleveurs, et sont - on l’a dit - très attachés à leur monarque. En guise de contre-attaque, la famille royale a ranimé une coquille vide : un vieux parti appelé l’IFP qu’ils ont mis entre les mains d’un prince

Ça a suffi pour que le parti en question défasse récemment l’ANC lors d’élections locales au Kwazulu-Natal. Le message est limpide : soit l’ANC conclut un accord avec la famille royale sur les terres du monarque ; soit il peut dire adieu aux 12 millions d’électeurs zoulous.

Voilà pourquoi il était vital qu’un nouveau roi zoulou soit intronisé au plus vite. L’unité familiale autour des terres est plus importante qu’une mauvaise querelle autour d’un cadavre, même royal, entre épouse favorite et épouse éconduite.

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L'équipe

Anthony Bellanger
Anthony Bellanger