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Résumé

3ème et dernière chronique en écho au final bouleversant de This is us, l’occasion de revenir sur ce que la série raconte … au-delà des Pearson ?

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Dure mélancolie qui marque la fin des grandes séries… Dire adieu à This is us n’est pas facile tant elle aura noué avec ses téléspectateurs de véritables liens en 6 saisons, 106 épisodes et autant de scénario millimétrés où les créateurs se sont amusés à tricoter un récit poignant en multipliant les points de vue, les époques et les personnages afin de bricoler une grande fresque intime familiale façon puzzle.

Parmi les coups de génie du showrunner, Dan Fogelman, il y a, par exemple, cette idée de rejouer, à chaque saison, une suite de trois épisodes. La même scène de la vie quotidienne, comme par exemple une journée à la piscine, racontée de trois façons différentes.

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Chaque épisode est centré sur l’un des trois enfants Pearson, puisque, petit rappel, la série relate la vie de Jack et Rebecca de la naissance de Kate, Kevin et Randall, en 1980 jusqu’à nos jours.

This is us qui n’est pas qu’une simple série sur une banale famille américaine dessine au fil des épisodes à travers ce « nous » familial, un portrait de l’Amérique et de ses blessures.

Que Randall, le fils adopté soit afro-américain, que Miguel, le nouveau compagnon de Rebecca, meilleur ami de Jack Pearson, soit d’origine portoricaine et que le parcours de Nicky, l’oncle des « triplés », nous plonge dans le trauma vietnamien, rien n’est laissé au hasard …

La série sonde cette Amérique régulièrement malmenée ou endeuillée et donnerait presque de la matière à psychanalyse à l’image du processus de Randall, qui tente une thérapie afin de passer, croit-il, le cap d’un double deuil : la mort de ses deux pères, Jack, son père adoptif disparu quand il n’avait que 17 ans et William, son père biologique dont on lui a caché l’existence et qu’il aura trop peu connu.

Une thérapie branchée encore plus sur le réel, dans les dernières saisons : quand la fratrie est confrontée à l’affaire George Floyd, par exemple.

Idem avec l’irruption de la pandémie et des nouveaux modes de communications à distance, la série se permet de raconter une histoire vraie, celle de Nassir Ahmed, un ingénieur américain d’origine indienne, marié à une argentine, et dont les recherches dans les années 70 n’auront pas été veines puisqu’il sera un des pionniers du partage numérique des photos et un jour des vidéos …

Un personnage qui vient du réel et qui n’a aucun lien de parenté avec les Pearson mais qui porte en lui une intéressante valeur symbolique. L’histoire vraie de Nassir Ahmed rappelle à quel point l’Amérique s’est construite et enrichie des migrations et intelligences de chacun au risque parfois d’un déracinement.

Et d’ailleurs si This is us est si mélancolique c’est parce qu’elle prend acte à la fois de la force mais aussi de la fin d’un rêve : celui du melting-pot fantasmé. C’est ce qu’incarne Miguel Rivas, qui après la mort de Jack soutient Rebecca et ses enfants. Miguel, avec elle, se réinvente une famille et un pays, lui qui n’a jamais réussi à renouer avec son père comme le montre un très bel épisode de cette ultime saison.

Cette série sonde donc bien l’Amérique, d’ailleurs, This is us ne peut il pas se lire aussi : This is U.S ? CQFD.

Références

L'équipe

Benoît Lagane
Production